ELECTRONIQUE ET INFORMATIQUE DE CHEZ DANIEL ROBERT

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 DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...

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Michèle
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MessageSujet: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 12 Sep - 18:16











DANS 8 ANS C'EST NOEL



ça repart lundi




"si je devais avoir un modèle, je ne citerais qu'un nom : philippe paternolli"
james ellroy - the los angeles observer, août 2005






Reprise pour les abonnés du feuilleton !
"dans 8 ans c'est noël" opus 6 des aventures trépidalantes de vincent erno dès lundi prochain

Suivez ses avantures tous les lundis sur notre forum !! Ou bien en écrivant à Philippe pour le recevoir dans votre boite e-mail

Je rappelle que figurer parmi ses abonnés n'appelle aucune contrepartie, il suffit de le demander et vous êtes enregistrés

les envois se font en mode cci, donc vous avez peu de risques - j'espère - d'être importunés par les autres destinataires qui restent anonymes (s'il y a parmi vous un informaticien qui m'apprend le contraire, merci de me le dire ou de m'indiquer un autre moyen de communication)

enfin, pour les anciens étourdis ou sans mémoire ainsi que pour les éventuels futurs nouveaux, il y aura des sessions de rattrapage pour les 5 romans précédents...

m'indiquer donc en retour les opus qui vous intéresseraient

1/ mélodies malsaines
2/ la tanne froide
3/ la percée de quasdanovitch
4/ le poison des hommes
5/ le carré de saunderson

ultime précision : mélodies malsaines et la percée sont protégés par le copyright de mes éditeurs, les autres sont soumis à la règle du copyleft (usage personnel, reproduction autorisée sauf à des fins commerciales)


ATTENTION !!

mes romans sont très noirs !!!
il faudra vous assurer qu'ils vous conviennent

voilà le lien avec mon éditeur

http://www.editionsitineraires.com/paternolli.html

E-MAIL : philippe.paternolli@tele2.fr

pour les droits, il suffit d'indiquer que mes romans sont protégés par copyright

"dans huit ans, c'est Noël", l'opus 6 des aventures erno en 36 chapitres commencera lundi !

bonne soirée


lallo kukpa





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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 12 Sep - 18:19







PROLOGUE





Un groupe de touaregs apparut au sommet de la plus haute dune. Chacun
portait une paire de skis à l'épaule et plantait ses bâtons pour se
faciliter l'ascension.

- Une dernière descente avant le retour au village ! cria un européen posté
au bas de la " piste ".

Les hommes bleus s'élancèrent sur la pente raide. Avant l'arrivée des
Français, la notion de glissade était absente de leur carte génétique. Dans
de grands éclats de rire, les apprentis skieurs chutèrent les uns après les
autres. Ces chutes semblaient le but recherché. Les touaregs s'amusaient à
terminer sur le cul leur molle descente (le sable était un rien moins
glissant qu'une bonne neige alpine). Lorsqu'ils eurent tous rejoint le
Français, ils prirent le chemin du village en une joyeuse file indienne.

Le commissaire Vincent Erno retrouva l'inspecteur Jacquemont chez Sélim, un
ami de ce dernier, qui leur offrait l'hospitalité depuis une semaine. Les
deux policiers - en convalescence après une enquête douloureuse, parsemée d'
échecs - avaient monté cette expédition en un rien de temps. Jacquemont s'
était souvenu d'un copain de fac - Sélim - fils d'une touareg et d'un
légionnaire Suisse, parti vivre chez ses ancêtres maternels, en plein
Sahara. Skieur passionné, Jacquemont avait profité de l'occasion de réaliser
un projet qui lui trottait dans la tête depuis des années : slalommer sur
les dunes du Sahara. Erno et Jacquemont étaient arrivés chez Sélim à bord d'
un 4x4 avec cinq vieilles paires de skis sur le toit. Depuis une semaine,
ils occupaient leurs matinées à initier les hommes bleus aux joies simples
de la glisse. Ils en avaient presque oublié leurs déboires professionnels.

Erno pénétra sous la tente de Sélim. Ce dernier servait le thé. Jacquemont s
'affairait sur l'ordinateur portable. Le sable avait tendance à s'infiltrer
dans la machine et se connecter sur le Net nécessitait d'infinies
précautions. L'écran commença par se brouiller. Puis le menu s'afficha,
Jacquemont lança un " Ah ! " de satisfaction et entreprit de naviguer sur
les sites des principaux quotidiens français. Il y consacra un gros quart d'
heure avant de passer le portable à Erno qui venait d'engloutir une deuxième
tasse de thé.

Erno déroula les pages informatiques, ricanant à la lecture de certains gros
titres (" décidément, le monde n'était pas prêt de changer "). Il survola
les futilités des pages " people " pour arriver à la page " Faits divers "
du Parisien daté de la veille, 21 avril 2007. Il poussa alors un juron et
tout son être plongea vers l'écran. Jacquemont et Sélim s'accordèrent à ne
souffler mot.

Enfin, après deux franches minutes de silence, Erno se redressa. Son regard
semblait explorer des horizons lointains.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Jacquemont.

- Je rentre à Paris demain ! répondit Erno.

- Mais encore ? Qu'est-ce que vous avez lu de si important ?

Erno tourna le portable vers Jacquemont :

- Lis !

L'article relatait la découverte fortuite par une équipe de géologues d'un
corps momifié dans une tourbière, non loin d'une ville française baptisée
Echully. Suivait un paragraphe de vulgarisation scientifique sur les
propriétés des sphaignes composant les tourbières. En résumé, ces mousses :

1) conservaient en parfait état les corps qui s'y déposaient,

2) grandissaient d'un millimètre par an, ce qui permettait de dater avec
précision les corps que l'on y retrouvait.

L'homme momifié (car il s'agissait d'un homme) avait été exhumé à quatre
mètres de profondeur. Par conséquent, il reposait dans la tourbe depuis
quatre mille ans ! Petit problème : une analyse des viscères venait d'y
déceler des traces d'aspirine.

- Parfait. Et alors ? fit Jacquemont.

- Ce cadavre, je le connais.

Jacquemont pouffa.

- Vous l'avez rencontré dans une vie antérieure, ce Gaulois ?

Erno piocha une Stuyvesandt dans le paquet de l'inspecteur.

- On ne peut pas retrouver de l'aspirine dans l'estomac d'un cadavre qui a
effectivement quatre mille ans !

- D'accord, d'accord ! L'homme est beaucoup plus jeune, voire contemporain.

- Ecoute ! Si j'ai raison, la momie s'appelle Thierry Lemmer, assassiné dans
sa quarantième année pendant l'été 99 !




lallo kukpa

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 13 Sep - 15:37






PREMIERE PARTIE


1







- Tu me racontes ta journée ?

Vincent Erno secoua la tête. Sa sœur Catherine descendait tout juste du train qu’elle cherchait déjà à mettre le nez dans une de ses enquêtes !

- Tu pourrais commencer par dire bonjour, grogna-t-il en s’emparant de son bagage, un sac de voyage en cuir naturel qu’il lui avait offert l’an dernier.

Catherine prit son frère par le bras et lui mordilla l’oreille. Vincent sourit sous le chatouillement ; sourit sous l’emprise que sa sœur déployait sur lui depuis toujours. Catherine était l’aînée, de deux ans plus âgée que Vincent ; Frédéric – le " petit " - était né quatre ans après son frère.

Depuis l’enfance, Catherine possédait le goût des énigmes, dévorant le moindre roman policier en une heure, tarabustant la famille chaque dimanche pour une partie de Cluedo… Vincent se demandait encore pourquoi lui était devenu flic et non sa sœur. Pour se rapprocher d’elle ? Pour les deux semaines qu’elle venait passer chaque année en sa compagnie, et ces soirées interminables au long desquelles ils disséquaient affaires anciennes ou en cours ? Sans doute. Et cette année 99 s’avérait exceptionnelle : Didier, le compagnon de Catherine, garnissait le banc des remplaçants du Quinze de France. A ce titre, il participait au stage préparatoire à la coupe du monde qui se déroulerait en Europe à la fin de l’été. Catherine avait par conséquent décidé de s’installer chez son frère pour une durée indéterminée.

Vincent se tourna vers Catherine et ils échangèrent un sourire resplendissant, un sourire au creux duquel le bonheur pouvait séjourner en toute quiétude.

- Alors ? insista Catherine une fois installée dans la Ford de Vincent. Quoi de passionnant, inspecteur ?

- Du sur-mesure ! La femme d’un conseiller municipal est venue ce matin nous signaler la disparition de son mari.

- Tu trouves ça palpitant, toi, la fugue d’un mari volage ?

Au lieu de répondre, Vincent commença à siffloter Starfucker. Catherine comprit le message : Vincent gardait un élément de l’enquête pour lui. Elle le pria de poursuivre. Le sourire de Vincent s’accentua. Elle insista, posa sa tête contre son épaule pour l’amadouer. Il fredonna le refrain entre ses dents " and you’re a starfucker, starfucker, starfucker, star… " Changement de tactique : Catherine bourra Vincent de légers coups de coude dans les côtes. Il rigola.

- Allez ! On arrive, je te dirai tout là-haut !

Vincent gara sa Ford. Ils étaient parvenus au pied de l’immeuble.

- Tu pourrais trouver autre chose, non, pour te loger ?

Vincent regarda la façade, sale et lézardée. Oui, l’immeuble accusait son siècle mais il aimait ces vieilles pierres. Il n’y avait pas d’ascenseur, l’escalier recelait quelques marches vicieuses, l’appartement était sombre… et alors ? Vincent s’y trouvait bien comme un chat dans un vieux cageot garni d’un coussin hors d’âge.

Il déposa le sac de voyage dans la chambre d’ami et demanda à sa sœur ce qu’elle souhaitait boire.

- Tu as de la bière ?

- Depuis Simenon, tu as déjà vu un flic qui ne buvait pas de bière ?

Il décapsula deux bouteilles ; les fit mousser.

- Alors ? fit Catherine après avoir vidé son verre d’un trait.

- Alors… je pense à t’inviter à notre prochaine soirée au commissariat ! Ta descente en épatera plus d’un !

- Mais non ! Je veux dire : la bonne femme qui est venue te signaler la disparition de son mari ce matin, tu me racontes la suite ?

- Ah ! J’avais oublié !

Catherine ôta sa sandale droite et la jeta à la figure de Vincent.

- Imbécile ! dit-elle en riant.

- Elle s’appelle Linda Lemmer - 28 ans, née au Caire, sans profession - mariée à Thierry Lemmer - 40 ans, né à Auch, employé à la Bantz, la dernière banque familiale du coin.

- Depuis quand a-t-elle déclaré que son mari avait disparu ?

- Une semaine, répondit Vincent en allant chercher deux assiettes anglaises à la cuisine.

- Si tu m’en parles, c’est qu’il y a autre chose… objecta Catherine en se levant pour passer dans la salle à manger. Quelle tendance, ton élu ?

- Sans étiquette. Mange ! Tu ne touches à rien…

Catherine piocha quelques crudités, mais sa fourchette s’arrêta devant sa bouche. Vincent la regarda et exhaussa la prière muette de sa sœur. C’était ça ou risquer de la rendre anorexique…

- Donc, je suis allé chez les Lemmer. Ils habitent une maison neuve un peu à l’écart de la ville… Mais mange à la fin !

Catherine agita sa fourchette devant ses lèvres, fit mine d’en avaler le contenu ; se ravisa.

- Pas avant que tu ne m’aies dit ce que j’attends.

Vincent remplit leur verre d’un Gaillac blanc.

- Il y avait des traces de sang dans la chambre des Lemmer. Mais aussi dans le couloir et dans le garage. Des traces qu’on avait voulu effacer. Que l’on avait cru effacer.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 14 Sep - 10:20





2






Pour la deuxième fois en deux jour, Linda Lemmer se trouvait assise dans le bureau de l’inspecteur Erno. La veille, elle s’y était rendue de son plein gré pour signaler la disparition de son mari. Aujourd’hui, Erno l’avait convoquée. Elle lui demanda pourquoi. Erno agita deux feuillets agrafés par le coin supérieur gauche.

- Hier, nos équipes ont procédé à votre domicile à divers prélèvements – je ne vous apprends rien, vous étiez présente… Voici quelques résultats d’analyses de ces prélèvements. Chambre à coucher : traces de sang de groupe A négatif sur le sol et sur la plinthe de la cloison sud; couloir : traces de sang de groupe A négatif sur le sol ; garage : traces de sang de groupe A négatif sur le sol et au bas du mur ouest.

- Je…

- Attendez ! Je n’ai pas terminé ! Associées à chaque trace de sang, nos analystes ont relevé des molécules de composants chimiques montrant que l’on avait cherché à nettoyer - à effacer – les taches de sang. Connaissez-vous le groupe sanguin de votre époux, Madame Lemmer ?

- A négatif, répondit la jeune femme en soutenant le regard de l’inspecteur.

Le silence s’installa. Chacun attendit la question de l’autre. Erno décida de rompre :

- Avez-vous tué votre mari, Madame Lemmer ?

La réponse tomba, claire :

- Non. Pensez-vous vraiment que l’on ait tué mon mari ?

Si elle n’avait pas posé cette question, Erno songea qu’il l’aurait cru coupable. A présent, elle pouvait bénéficier du doute…

- Comment expliqueriez-vous ces traces de sang ? Il n’y a pas trente-six mille hypothèses :

Un : votre mari s’est blessé accidentellement. Mais pourquoi aurait-il disparu depuis ? Et pourquoi aurait-on cherché à effacer les traces de sang ?

Deux : votre mari a été agressé, puis enlevé. Mais pourquoi n’avons-nous reçu ni revendication, ni demande de rançon ? Et pourquoi aurait-on cherché à effacer les traces de sang ?

Trois : un inconnu a tué votre mari. Mais – désolé d’insister – pourquoi effacer les traces de sang ?

Quatre : vous avez tué votre mari. Et je comprends que vous ayez voulu effacer ces taches compromettantes.

Cinq : vous connaissez l’assassin de votre mari et vous le protégez.

Linda avait écouté l’inspecteur, tête baissée. A la fin, elle leva son regard et dit d’une voix calme :

- Mon mari s’est blessé à la main la semaine dernière. Il bricolait dans le garage et s’est entaillé avec un cutter. Comme nous gardons notre pharmacie dans le cabinet de toilette attenant à notre chambre, mon mari y est venu désinfecter sa plaie et arrêter l’écoulement, laissant derrière lui de nombreuses gouttes de sang. Il a lui-même nettoyé ces traces à l’eau de Javel…

Erno s’engloutit dans un puits de réflexion dont il émergea en demandant :

- Il y a des témoins de cet accident domestique ?

- Pas directement, que je sache, répondit Linda Lemmer. Mais sans doute mon mari a-t-il croisé quelqu’un qui se souvient de son pansement à l’index gauche… Voyez ses collègues de travail…

Erno repoussa son siège vers l’arrière. Il se leva et, tournant le dos à son interlocutrice, se planta devant la fenêtre.

- En somme, vous défendez l’hypothèse de la disparition de votre époux sans lien avec les traces de sang relevées à votre domicile ?

- C’est mon opinion, en effet. Ce qui ne veux pas dire que je ne sois pas inquiète pour la santé de mon mari. Vous saisissez la nuance inspecteur ?

- Je vous comprends. Et puis, sinon, vous n’auriez pas signalé son absence… Toutefois, vous avez attendu une semaine pour venir nous voir. C’est un peu long, qu’en pensez-vous ?

- Mon mari est plutôt du genre volage, inspecteur, rétorqua Linda Lemmer. Cela vous suffit ?

Erno s’appliqua à parfaire une moue dubitative. Puis il remercia la jeune femme de s’être déplacée et la raccompagna jusque sur le seuil du commissariat.

Il la regarda s’éloigner, l’œil accroché aux ondulations amples de ses formes arrondies. Très arrondies.




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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 15 Sep - 17:30





Journal (extraits)



I




Je me demande si, après quelques années, la fidélité conjugale ne résulte pas d’une lâcheté ?

A Echully comme ailleurs, les occasions n’auront pourtant pas manqué. Mais, par principe, j’aurai repoussé la tentation.

Dans le même temps, je me serai efforcé de ne pas susciter ces tentations.

Au fil des ans, je me serai modelé une image de mari exemplaire. De son côté, elle en aura fait autant – du moins je le croirai.

Et, peu à peu, mes quinze années de mariage m’auront reconstitué une forme de virginité.

Après avoir appris par cœur le corps d’une seule femme, après l’avoir exploré du mieux possible, l’angoisse m’étreindra lorsque je m’imaginerai dans les bras d’une autre. Une peur véritable, celle de devoir réapprendre ma sexualité ; retour à mes quinze ans.

La sagesse me dictera de poursuivre ma vie sexuelle sur son chemin paisible.

Mais l’ennui et le doute me rongeront. Et certain autre sentiment aussi, mais indicible.

Aura-t-elle été heureuse avec moi ? Elle me certifiera que oui, mais cela ne suffira plus.

Il devra exister autre chose…

Tout ça, finalement, parce que je surprendrai cet autre couple en train de s’aimer comme jamais nous ne nous serons aimés. Avec animalité, sauvagerie ; sans soucis des outrances dans lesquelles l’abandon au plaisir peut plonger deux êtres.


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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Ven 16 Sep - 16:59






3







- Tu penses qu’elle est réellement affectée par la disparition de son mari, toi ?

Catherine sortait de la salle de bain, avec pour seule parure sa serviette nouée en turban sur ses cheveux. Erno détourna les yeux. Elle s’aperçut de la gêne de son frère. Ravie de cet effet qu’elle escomptait, elle vint se planter devant lui.

- Tu me trouves comment ?

- Très bien, dit-il sans abandonner la contemplation du mur opposé.

- Mais regarde-moi avant de répondre ! s’esclaffa Catherine en prenant son frère par les épaules et en le faisant pivoter vers elle.

- Alors ? fit-elle après avoir reculé d’un pas.

Vincent se força à un coup d’œil rapide.

- Mieux que très bien… bougonna-t-il. Et maintenant habille-toi, s’il te plaît !

Catherine disparut dans la chambre d’ami.

- Si tu savais le nombre incroyable de frères et sœur qui le font ! lança-t-elle à travers la cloison.

Vincent joignit les mains devant son visage.

- De quoi parles-tu au juste ? !

- De sexe ! Les trois quarts des relations incestueuses ont lieu entre frères et sœurs pendant l’adolescence ! Tu ne savais pas ?

Vincent se martela la tempe d’un index vigoureux. Puis il décida d’aller se servir un solide Jack Daniel’s pour s’encourager à encaisser les facéties de sa sœur.

- C’est curieux, quand même, qu’entre nous, ça ne te soit jamais venu à l’esprit ! reprit Catherine depuis la chambre.

Erno toussa sa première gorgée de whisky et son abasourdissement majuscule ! Merde ! Elle était de plus en plus toquée, la frangine ! Mais lui revenaient quelques images d’un passé vieux d’une vingtaine d’années… Elle avait raison, Catherine : il n’était pas différent des autres et oui, mille fois oui, il aurait donné tout l’or de ses quinze ans pour coucher avec elle… Et alors ?

- Tu ne réponds pas ? insista la voix perverse de l’autre côté de la paroi de briques. Tu n’es décidément pas comme Fred, mon pauvre Vincent !

Le restant du whisky fusa aussitôt dans les poumons de l’inspecteur, qu’il toussa, cracha, jusqu’à la nausée ! Cat et Frédéric ! Frédéric et ses quatre ans de moins que lui ! Cette fois, les vacances de Catherine allaient tourner court !

Il parvint à recouvrer une respiration normale, se redressa, pour la découvrir debout, devant lui, hilare.

- Mais je te fais marcher, Vincent ! dit-elle en lui ébouriffant les cheveux.

- Très drôle… siffla-t-il.

- Tu m’en veux à ce point ?

- Parfois tu vas trop loin, Cat. Parfois tu vas trop loin…

Alors, elle sortit de la cuisine en criant " Peau d’Bézu ! " Et Vincent ferma les yeux, et un franc sourire s’empara de lui. " Peau d’Bézu ! " c’était leur cri à tous les trois, Catherine, Frédéric et Vincent. Leur cri de ralliement, leur code secret qui, depuis l’enfance – et issu d’ils ne savaient où – effaçait leurs disputes et les agrégeait, eux contre le reste du monde. Cette fois encore, la phrase magique avait fonctionné.

- Alors ! Tu penses qu’elle est réellement affectée par la disparition de son mari, toi ?

- Pourquoi non ? suggéra Vincent.

- Qu’est-ce que tu vas faire ? insista Catherine.

- Mon boulot. Demain, je commencerai une enquête de routine : investigations du cercle familial, du voisinage, des relations connues, du cercle professionnel ; plus, en l’occurrence, le milieu politique local. Et tout ça sur la pointe des pieds : nous n’avons aucune preuve qu’il soit arrivé quelque chose de fâcheux à Thierry Lemmer ! Il est peut-être à l’heure actuelle en train de s’envoyer en l’air avec sa maîtresse !

- Un élu local, tu dois bien avoir une fiche sur lui au commissariat, non ?

- Oui, mais c’est confidentiel…

Catherine gratifia son frère d’un regard qui le dissuada de poursuivre dans cette voie.

- Bon d’accord : nous ne disposons pas de beaucoup d’éléments. Lemmer est recensé comme prototype du " con à grande gueule ". Il est issu d’une vieille famille d’Echully ; bourgeoisie locale. Le père a fait fortune après la seconde guerre mondiale (certains mauvais esprits avancent que le vieux Lemmer a tricoté son magot pendant la guerre, ce qui sous-entendrait quelques trafics inavouables). Thierry Lemmer doit aux relations familiales son emploi à la Bantz où, par ailleurs, il n’émarge que comme vague grouillot - tout en laissant croire autour de lui qu’il y occupe un emploi à responsabilité. En gros, c’est un merle… Par quel miracle s’est-il retrouvé sur la liste élue aux dernières municipales ? !… Sans doute, les relations de son père, bien que ce dernier soit mort depuis dix ans. D’ailleurs, il n’est apparemment chargé d’aucune responsabilité au sein du conseil municipal. Cela vaut peut-être mieux, tant il semble qu’il ne soit pas prêt d’inventer la machine à cintrer les bananes…

- C’est tout ? demanda Catherine.

- Malgré sa connerie, Lemmer collectionne les conquêtes féminines. Ce qui n’est pas à mettre à votre crédit, mesdames…

- Jaloux ? Aigri ?

- Dubitatif…

- … ce qui ne signifie pas " éjaculateur précoce ", je sais ! compléta Catherine en souvenir de Pierre Desproges. Elle se leva : on se fait un restau ? c’est moi qui invite !

- C’est parti ! Mais à une condition, fit Vincent en prenant sa veste : plus un mot sur la disparition de Lemmer.

Catherine promit. Et tint parole… jusqu’au fromage.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 19 Sep - 15:43





4






Dans son bureau, l’inspecteur Erno débuta sa journée par l’examen du dossier Lemmer. La matinée était fraîche pour la saison, mais le soleil n’avait pas dit son dernier mot.

Il compulsa une dizaine de feuillets insérés dans une sous-chemise cartonnée (Vincent se demanda quand l’informatique allait le débarrasser de tous ces nids à poussière). Thierry et Linda Lemmer étaient mariés depuis quatre ans, s’étaient connus trois ans plus tôt. Sept ans de vie commune. Erno redressa la tête. Ses yeux brillaient de malice. Sous son crâne, une tirade de Cuisine et dépendances affrontait certaine théorie Lelouchienne : le bon sens contre la masturbation intellectuelle. Bacri/Jaoui vainqueurs par KO. L’inspecteur se passa la main sur la nuque : il était temps de redevenir sérieux. Il reprit sa lecture.

Rien à dire sur les époux Lemmer. En général et à première vue. Sauf une légère croix verte tracée à la rubrique " sexualité ". Croix verte, cela signifiait qu’un renseignement sensible était consigné aux archives.

Erno hésita entre poursuivre sa lecture ou s’enquérir de cet élément. Il décida de se dérouiller les jambes et prit l’escalier conduisant au premier sous-sol, antre des archives placées sous la responsabilité de l’inspecteur Bazin. Ce dernier présenta son habituelle face poupine agrémentée d’un perpétuel sourire béat. La jovialité de Bruno Bazin tenait de ce qu’il était à la fois optimiste et sourd. Le monde extérieur avait sur lui peu de prise.

Bazin salua Erno d’un tonitruant " Salut Gilbert ! " (de surcroît, sa mémoire des noms laissait à désirer). Erno lui rendit la politesse d’un désinvolte " Salut Hervé ", puis il présenta sa requête en l’inscrivant sur le bloc que Bazin tenait à disposition sur son bureau.

Aussitôt, le compagnon des acariens s’empara du bristol et disparut dans les travées, où son ombre démesurée s’activa au gré des néons blafards.

Il en revint dix minutes plus tard, une chemise cartonnée sous le bras. Erno signa le registre des consultations et prit connaissance du dossier. Son importance n’était pas capitale. Erno songea que Catherine serait néanmoins ravie lorsqu’il lui ferait part de ce qu’il venait de lire.

Il s’égosilla en vain à vouloir remercier Bazin et remonta à la surface par l’escalier. Au dehors, le soleil dominait, au point que sa victoire ne faisait plus l’ombre d’un doute.

Au volant de sa Ford, Erno se rendit au domicile des Lemmer, à cinq kilomètres au sud d’Echully. La maison, d’architecture moderne sinon de bon goût, était nichée à flanc de coteau et surplombait quelques hectares de vignes. Erno se gara devant une grille qui voulait donner à la propriété une note de luxe ostentatoire. Il descendit de voiture et sonna. Seul des aboiements lui répondirent. Il envisagea malgré tout de pénétrer les lieux lorsque survinrent deux bergers autant allemands que dissuasifs.

Erno regarda alentour. En contrebas, ce n’était que rangs de syrah qui descendaient jusqu’à la ville. Les Lemmer avaient de toute évidence souhaité vivre à l’abri des regards indiscrets. Il n’y avait âme qui vive à moins d’un kilomètre.

Toutefois, Erno finit par remarquer le toit d’une ferme au sommet de la colline et décida de s’y rendre. La route serpentait, et une fois arrivé au lieu-dit " La Miole ", l’inspecteur se rendit compte qu’à vol d’oiseau, la propriété des Lemmer était plus proche que prévue. Deux ou trois cents mètres, tout au plus.

Il se gara dans la cour d’une ancienne ferme restaurée, pierre de taille et volets de couleur blanche. Un couple de chats dressa l’oreille à son arrivée. Erno fit quelques pas devant la maison, essayant en vain d’apercevoir une silhouette derrière les vitres. Il finit par sonner. Mais personne ne vint ouvrir. Il hésita. Devait-il attendre, les fesses posées sur la margelle du puits qui trônait au milieu de la cour ? Par acquit de conscience, il contourna la bâtisse principale. Une femme se tenait courbée en deux au fond du potager. Il manifesta sa présence, elle se retourna et vint à sa rencontre. Elle paraissait du même âge que Linda Lemmer. Erno envisagea la possibilité qu’elles soient amies. Physiquement, elles s’associaient à merveille : l’une arborait des rondeurs et un bistre tout orientaux ; l’autre avait gardé la taille fine et sa blondeur semblait naturelle. Présentations. Laurence Kieffer lui proposa d’entrer au salon. Erno la suivit, attendit qu’elle dépose son panier empli de légumes à la cuisine, change ses espadrilles usagées pour des sandales de meilleure tenue et se lave les mains.

- Asseyez-vous, inspecteur ! lui dit-elle en s’essuyant les mains.

- Merci. Votre mari n’est pas là ?

- Il est en ville mais il devrait revenir d’un instant à l’autre.

- Vous exercez quelle profession ?

- Mon mari enseigne l’histoire-géographie et moi le français au collège René-Goscinny.

Accrochées au mur, Erno remarqua deux huiles signées L.K. Elle lui parurent assez originales pour un peintre du dimanche. Elles représentaient des musiciens et leurs instruments, mais de manière non-figurative. Dans la région, les goûts convergeaient plutôt vers les paysages, les expositions de peintres amateurs locaux tournaient à l’orgie de pigeonniers / vignes / pigeonniers… C’était l’expression d’un certain régionalisme pictural… Après tout, les maritimes échappaient rarement aux ports de pêche et aux criques sablonneuses ; les franciliens bucoliques aux bords de Seine ou Marne…

- C’est de vous ? demanda-t-il en désignant les toiles.

- Oui.

Laurence Kieffer détourna la tête vers la porte-fenêtre. Espérait-elle un prompt retour de son mari ?

- Vous m’avez dit que vous veniez à propos de nos voisins, les Lemmer…

- Précisément, Madame Lemmer est venue nous signaler la disparition de Monsieur Lemmer… Vous avez une idée ?

- La disparition de Monsieur Lemmer ? Comment faut-il l’entendre ?

- Comme vous le souhaitez ! A ce stade de l’enquête, nous ne savons pas s’il s’agit d’une fugue, d’un abandon de domicile, d’un enlèvement ou… d’un homicide.

Laurence Kieffer cilla, pénétrée des derniers mots de l’inspecteur.

- Homicide, répéta-t-elle à voix basse, pour elle-même.

Dehors, les graviers crissèrent sous les pneus d’une automobile. Les chats, queue dressée, passèrent devant la porte-fenêtre. Alain Kieffer était de retour. Il ouvrit la porte, découvrit l’inspecteur, nota l’air pensif de sa femme. Celle-ci présenta le policier et les motifs de sa venue.

- Homicide, lâcha-t-il lui aussi.

Erno rectifia :

- Il ne s’agit que d’une hypothèse ! Justement, j’aimerais que vous me parliez des Lemmer. Quels voisins étaient-ils ? Les fréquentiez-vous ? Bref, tout ce que vous me direz pourra m’être utile…

Alain Kieffer était conforme à l’idée que l’on se fait d’un prof d’histoire-géo : un intellectuel convivial, naviguant entre théories humanitaires et repli sur son propre confort matériel. Le genre à posséder un portefeuille boursier mais principalement constitué de valeurs " éthiques ", genre obligations pour le développement des pays émergents.

Les Kieffer étaient charmants mais ils n’apprirent rien à l’inspecteur Erno. Ou pas grand-chose. Ils fréquentaient peu les Lemmer. Les femmes se voyaient de temps à autre mais la personnalité de Thierry Lemmer tenait le couple d’enseignants sur ses gardes.

Kieffer proposa un Campari-soda en apéritif à l’inspecteur. Erno goûta le breuvage, mélange étonnant, amer et pourtant sucré. Il en parlerait à Catherine… L’un des deux chats aperçus un peu plus tôt bondit soudain sur les genoux de Laurence Kieffer, accorda un regard en coin au policier puis commença à ronronner.

Erno prit congé sans que sa visite lui ait apporté rien de plus. A mots couverts, les deux profs n’avaient fait que corroborer des éléments déjà connus de lui : le disparu était un con. Du style petit con.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 20 Sep - 15:57





Journal (extraits)

II





Je déciderai de lui écrire une lettre anonyme.

Ce sera un jeu, penserai-je.

Dans cette lettre, un homme lui dira son amour, son envie d’elle.

Je l’enverrai depuis la Poste centrale d’Echully. Elle la recevra le lendemain.

Comme d’habitude, après l’avoir guetté, elle sortira au devant du facteur, échangera deux trois mots sur le temps qu’il fera ou sur les bobos de nos familles ou sur les derniers potins courant en ville.

Elle parcourra les enveloppes d’un œil rapide ; sourcillera devant son nom et son prénom – surtout son prénom – tracés d’une main dont elle ne reconnaîtra pas l’écriture ; songera à de la publicité encore.

Puis elle décachettera l’enveloppe ; elle lira.

Ce sera un jeu.

Néanmoins, je prendrai déjà la précaution de ne manipuler papier à lettres et enveloppe qu’avec des gants.

J’écrirai à l’aide d’une pointe Bic on ne pourra plus ordinaire.

Le timbre sera autocollant par soucis de ne pas y déposer ma salive.

J’aurai garde à ne pas tousser ni éternuer.

Ce sera un jeu ; mais aucune recherche d’ADN ne devra me démasquer…



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 21 Sep - 10:30





5






- Ou plutôt : un sale con qui n’aurait pas eu les moyens de sa connerie… Qu’est-ce que tu penses du Campari-soda ?

- Pas mal… Mais je l’apprécierais mieux en hiver, je pense…

Vincent et Catherine s’étaient retrouvés à déjeuner Chez Etienne. Au fil des mois, Etienne Vigliano (le patron du bistro - un grand gaillard d’origine italienne qui ressemblait à Vittorrio Gassman) et Vincent avait noué sympathie. Vincent lui avait présenté sa sœur l’an passé et Etienne ne s’en tenait plus de la revoir. A tel point que l’inspecteur se demanda s’il n’y avait pas eu quelque chose entre eux. Tout bien réfléchi, pourquoi non ? Et cela expliquerait le numéro de charme un peu ridicule déployé par Etienne pendant que Vincent et Catherine se mettaient d’accord pour commander des trénels. Erno en avait éprouvé un amusement teinté de pitié et pimenté d’une pointe d’agacement. Et quel numéro lorsque Vincent avait choisi en apéritif deux Campari-soda ! Le patron s’était jeté à genoux, bras tendus et mains jointes, en les suppliant de préférer à ce vil mélange un véritable vermouth qu’il réservait à ses invités les plus chers… Et Catherine ! qui avait éclaté de rire, renversée sur sa chaise, puis avait consenti à embrasser le mauvais acteur (pour le physique, il ressemblait à Gassman mais là s’arrêtait la comparaison !) afin qu’il se relevât et les excusât pour leur choix (d’ailleurs, Catherine précisa bien que celui-ci incombait pleinement à Vincent). Ce n’était rien. Rien qu’une facétie anecdotique, cette commedia de Vigliano. Mais le doute s’insinua chez Vincent : Etienne l’avait-il pris en amitié uniquement par rapport (c’était le mot) à l’intérêt, voire le sentiment qu’il témoignait à Catherine ? Ou pire : par quelconque reconnaissance du bas-ventre ?

- Et cette fameuse croix verte dans le dossier de Lemmer dont tu m’as parlé, tu en sais plus ? demanda Catherine une fois que l’exubérant bistrotier se fut éloigné.

Retour à l’affaire. Catherine ne perdait jamais le nord. Vincent retrouva le sourire :

- ça, ça va te plaire ! dit-il.

Une : Lemmer s’est fait alpaguer pour exhibitionnisme sur la voie publique en 86. En plein été, il conduisait à poil. D’une main. En plein centre-ville. Une habitante qui guettait sa fille depuis son balcon l’a vu passer. Cinq minutes plus tard, il repassait. Et cinq minutes après, un nouveau tour. Au passage suivant, elle a noté le numéro des plaques minéralogiques et a porté plainte. La plainte a été enregistrée mais l’affaire a été classée sans suite, sur l’intervention du père Lemmer.

Deux : Lemmer est fiché pour participer assez régulièrement à quelques parties fines regroupant quelques notables locaux. Une sorte de club d’échangisme entre gens du même milieu.

- Tu condamnes ? demanda Catherine.

Erno réfléchit :

- Je ne sais pas… Pourquoi ?

- Avec Didier, nous faisons partis d’un club du même genre. Nous, c’est plutôt un club de sportifs de haut niveau, et des gens qui ont des intérêts financiers dans le sport, diffuseurs et sponsors …

- Une sorte de quatrième mi-temps, si je comprends bien ?

- Oui. C’est assez classieux, style caviar et champagne pour tout le monde. Ça se déroule généralement chez des gens qui ont pignon sur rue. C’est assez curieux. Dans certains salons ça baise, tandis que dans d’autres se négocient parfois quelques contrats prodigieux. Le pouvoir et le sexe : rien de nouveau depuis l’Empire romain, je le concède…

- Tu m’étonnes que les droits télé pour les retransmissions d’événements sportifs aient grimpé en flèche… Et toi, dans tout ça ? soupira Vincent.

- Tu sais bien que j’ai toujours eu le feu au cul. C’est limite pathologique, souffla Catherine, ça fait une moyenne avec toi !

- Comment ça ?

- Mon pauvre Vincent ! Mais tu ne vois pas comment tu es coincé ?

Haussement d’épaule.

- Tu préfères que nous parlions d’autre chose, n’est-ce pas ? Alors revenons à ton Lemmer ! Qu’est-ce que tu fais cet après-midi ?

- Je vais fouiner du côté de la Bantz et du conseil municipal.

Catherine commanda deux cafés et demanda l’addition, qu’elle tint à régler. Ils se séparèrent sur le trottoir, une bise sur la joue gauche.

- Je vais essayer de mon côté de grappiller quelques tuyaux sur ton disparu, annonça Catherine.

Vincent ne demanda rien. Ni pourquoi ni comment. Avec Catherine, il fallait s’attendre à tout ! Il se souvint de ce jeu stupide auquel elle se livrait lorsqu’elle s’ennuyait au cours de dîners – et plus l’ambiance était guindée, plus elle se délectait ! Cela consistait pour elle à sauter sur le propos le plus anodin lancé par le convive le plus transparent et à s’écrier à la volée : " C’est – mot pour mot – exactement ce que j’ai dit à mon mari la première fois que je l’ai vu nu ! ".

Ça marchait avec à peu près tout.

- Moi, les fruits, je les achète au marché bio : ils sont moins beaux mais ils ont plus de goût !

- C’est – mot pour mot…

En règle générale, toute conversation sur le boire ou le manger était pour Catherine un terrain privilégié, les vocabulaires gastronomiques et sexuels étant si proches cousins. Elle disposait de variantes (la première fois qu’il m’a vue nue ; la première fois que nous avons fait l’amour ; à notre première partouze…) Si l’assemblée condescendait à sourire jaune à la première salve de Catherine, les nez plongeaient dans les assiettes, les regards n’osaient plus se croiser, de honte, quand elle assénait ses réparties toutes les cinq minutes… Et – fatalement – le maître des lieux, après s’être éclairci la voix d’un raclement de gorge et posé un regard confiant sur son épouse, finissait par déclarer :

- Ecoutez, Catherine, maintenant ça commence à être pénible…

- C’est – mot pour mot, s’esclaffait-elle alors, radieuse, évoquant sa première expérience sodomite… Puis elle prenait congé d’une démarche princière, embarquant Didier au passage à qui elle laissait le soin de présenter leurs excuses confuses…


Vincent s’éloigna, tourna le coin de la rue et revint sur ses pas. Il jeta un œil discret : bingo ! Il vit Catherine pénétrer dans le bistro. Vincent patienta quelques instants et la vit ressortir accompagnée d’un Vigliano qui lui ouvrit la portière de son coupé Audi bleu pastel.

Les sentiments de Vincent étaient partagés. Il avait naturellement tendance à réprouver la conduite de Catherine, mais – en toute honnêteté – il l’enviait. Comme il l’avait toujours enviée. Et il l’adorait. Comme il l’avait toujours adorée, depuis le plus lointain de ses souvenirs.

L’Audi passa devant lui. D’un geste imperceptible, il accorda sa bénédiction à ce couple illégitime. Puis il gagna à pied le commissariat. En chemin, il s’arrêta prendre un Campari-soda. Il commençait à apprécier le mélange.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 22 Sep - 15:54





A la Bantz, Erno n’extorqua rien de nouveau. Le directeur adjoint, puis les employés présents, interrogés à tour de rôle, admirent sans grande difficulté que Thierry Lemmer n’était ni l’employé ou le collègue idéal.

- Pour conclure, diriez-vous que Thierry Lemmer est un con ? demanda Erno à chacun des ses interlocuteurs.

La réponse fut unanime et positive. A supposer que Lemmer eût besoin d’un vêtement chaud, son costard était taillé grand !

Erno quitta le faux marbre de la banque et prit le chemin de la mairie.

Il marchait d’un pas tranquille, les idées en vol d’étourneaux, quand un crissement de freins accompagné d’un klaxon strident le fit sursauter. A sa hauteur, l’inspectrice Nadine Favlovitch ouvrit la portière du véhicule de service.

- On te cherchait, cria-t-elle.

- Qui ça " on " ? hurla Erno qui avait le pronom indéfini en horreur.

- Nous ! Mais écoute plutôt au lieu de finasser : le secrétaire de mairie vient de nous signaler un cambriolage commis sur l’heure du repas !

Vincent monta à l’arrière du véhicule que le brigadier Mutzinger lança de nouveau à vive allure parmi les rues d’Echully, ballottant ses passagers de droite à gauche et d’avant en arrière. Fab (comme la surnommaient tous ses collègues) et Vincent échangèrent un regard de connivence : un jour, " Mutzig " (autre surnom populaire au commissariat) enverrait son bolide dans le décor et qui viendra s’en étonner ?

- Le cambriolage, tu m’en dis plus ?

- Chambon, le secrétaire de mairie, nous a appelé il y a… (coup d’œil de Fab à sa Pulsar) dix minutes. Un ou plusieurs cambrioleurs se sont introduits dans la mairie pendant la pause méridienne…

Erno s’empara de la main de Fab :

- Alors là ! Chapeau pour le vocabulaire !

L’inspectrice retira vivement sa main.

- Cesse de m’interrompre pour tes conneries ! lança-t-elle.

- Ose prétendre que tu n’as pas employé ce " pause méridienne " (qu’Erno formula en arrondissant les lèvres) juste pour m’épater !

Pas de réponse. Nadine convint qu’il avait raison.

- Bon ! Donc ! A première vue, les intrus ne se sont intéressés qu’à une chose : les dossiers dont s’occupait Lemmer !

Fab laissa tomber un silence afin de savourer son effet.

- Qu’en dis-tu ? fit-elle enfin.

- J’en dis que les locaux de la mairie sont bien mal protégés, voilà ce que j’en dis. Et puis que Lemmer se soit vu confier des dossiers, voilà qui est nouveau ! Je croyais qu’on ne l’occupait à rien, celui-là !…

Arrivé devant l’hôtel de ville, Mutzig enfonça le nez du véhicule dans l’asphalte du parking, y traçant deux parallèles de gomme noire.

- Mutzig, il te reste combien de points sur ton permis de conduire ? demanda Erno.

Le brigadier le regarda avec des yeux de hibou réveillé en plein midi.

- Mais je les ai tous, chef !

- C’est bien… Et ton avancement, il est prévu pour quand ?

- A la fin de l’année, chef…

- Parfait. Alors, écoute-moi bien : la prochaine fois que tu te prends pour Schumacher pendant le service, je te fais sauter avancement et permis ! Capito ?

Mutzig ne s’aventura pas à répondre ni à s’offusquer. Il baissa la tête. Ce n’était qu’un enfant, somme toute, un grand benêt de quarante-cinq ans qui jouait encore aux voitures de course. Sans se rendre compte qu’il ne zigzaguait pas entre les arcanes d’un jeu vidéo et que la moindre erreur pouvait s’avérer mortelle.

- Tu coupes le moteur et tu nous attends, lui ordonna Erno avant de rejoindre Fab et le secrétaire de mairie, déjà en grande discussion.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 22 Sep - 15:55



10


Erno connaissait Chambon de vue. La cinquantaine joviale, l’embonpoint prononcé, il avait écopé, bien que natif des environs de Pau, du sobriquet " Chambon de Bayonne ", à cause de son accent (par ailleurs, ayant eu vent de son surnom, le secrétaire de mairie s’était déplacé au commissariat afin d’expliciter le hiatus entre Basque et Béarnais).

- Alors ? demanda Erno.

- Comme je le disais à Madame…

- Mademoiselle, rectifia Erno.

- Pardon.

- Non, non, ne vous excusez pas. Au contraire ! Dans l’ignorance, les bonnes manières exigent que l’on dise Madame ! Je ne suis intervenu qu’à titre d’information, pas de reproche !

- Oh ! ça ne vous dérange pas que je sois là ? s’exclama Fab.

- Pas du tout, rétorqua Erno, content de lui. Puis, s’adressant à Chambon : Que disiez-vous donc à Mademoiselle ? (" Tu es chiant " siffla Fab à l’attention d’Erno)

- J’expliquais que le mobile est clair : on a volé les dossiers sur lesquels travaillait Lemmer, uniquement les dossiers sur lesquels il travaillait…

- Attendez ! s’amusa Erno, si je comprends bien : Lemmer travaillait sur des dossiers, et seuls ces dossiers-là ont été dérobés. C’est bien cela ? (" Tu es vraiment chiant ! " soupira Fab).

- Oui ! C’est cela ! Lemmer trav…

- On a bien compris, merci ! coupa Fab.

- Et quels sont ces dossiers ? demanda Erno.

- Lemmer s’occupait surtout du tracé du futur T.G.V.

Echange de regard entre Erno et Fab. Depuis le temps que les rumeurs circulaient quant au tracé de ce fameux T.G.V…

- On peut voir ?

Chambon accompagna les inspecteurs dans un bureau réservé aux adjoints municipaux. La fenêtre était grande ouverte. La porte d’une armoire présentait des traces d’effraction. Chambon désigna une rangée de dossiers suspendus, vides.

- Voilà ! Tout ce qui concernait le T.G.V. était gardé ici…

- Il doit bien y avoir un double des pièces à la sous-préfecture, non ? demanda Fab.

- Sans doute ! Mais pas pour tout !

- Qui d’autre avait connaissance du dossier ?

- Monsieur le Maire bien entendu… et moi-même, pour partie.

Erno prit le bras du fonctionnaire territorial :

- Chambon, je ne vous apprends rien, il se dit en ville que certains tirent avantage des expropriations consécutives au tracé. Vous n’avez rien remarqué d’anormal à ce sujet dans les différentes pièces du dossier ?

- Non ! Mais je le répète : je n’avais pas accès à tout !

- A l’évidence, certains aspects du dossier revêtaient un caractère confidentiel, dit Fab à l’attention d’Erno. Dont probablement Lemmer possédait, au sein de la mairie, la seule connaissance… Sinon, pourquoi serait-on venu dérober ces documents ?

- Très juste, fit Erno. Chambon, vous savez que Lemmer a disparu depuis huit jours ?

- J’ai appris, oui.

- Vous voyez un lien entre cette disparition et ce cambriolage ?

- A priori oui. Et vous ?

- A priori oui, confirma Erno.

Intervention de Fab :

- La fenêtre avait été laissée ouverte sur la pause méridienne ?

- Par cette chaleur, oui. Nous la laissons entrebâillée…

- Pas de bol pour l’assurance, fit Erno.

Chambon roula des yeux.

- Justement… A ce propos… Si…

- Escroquerie à l’assurance, Chambon ? persifla Erno. Pour moi, c’est niet ! Voyez avec Mademoiselle si vous pouvez vous arranger ; pour que cette négligence ne figure pas au procès-verbal. Dans ce cas, je vous conseille de ne pas oublier de casser le carreau… Je vous laisse régler ça !

Erno s’éloigna :

- Fab, je te donne cinq minutes. Je t’attends près de la voiture, en compagnie du cher Mutzig…

Le brigadier Mutzinger montra profil bas tandis qu’Erno, affalé sur la banquette arrière, parcourait la quatrième de couverte de L’homme sans qualités. Cela faisait plus d’un an qu’il trimballait partout avec lui le tome premier de l’édition de poche, sans avoir eu le courage d’en aborder la moindre ligne. Paresse. Malgré les exhortations conjointes de Catherine et de Frédéric, l’invitant à découvrir l’œuvre de Musil…

Mutzig regagna son siège, jeta un coup d’œil par le rétroviseur intérieur.

- Vous aimez ? demanda-t-il.

Erno ne voulut pas y croire.

- Quoi ? répondit-il.

- Votre livre ! L’homme sans qualités ! précisa le brigadier en se retournant.

Erno le fixa un long moment.

- Non… Je ne l’ai pas encore commencé… Mais tu l’as lu, toi ?

- Oh ! il y a longtemps ! Une vingtaine d’années. A l’époque, j’avais une copine étudiante en lettres… Une intello ! Comme vous, un peu !

Erno n’en revenait pas. Ce con de Mutzig avait lu Robert Musil ! Ce con de Mutzig avait eu une copine intello ! Mais dans quel monde Erno était-il en train de se noyer ?

Fab ouvrit la portière et se jeta sur la banquette. Erno regarda sa montre dont il avait actionné la fonction " chronomètre " : 6’17’’. Elle avait fait vite !

- Alors, cet arrangement ?

- A l’amiable…

- Qu’est-ce que tu lui as concédé ?

- Rien qui t’intéresse.

- Tu es corrompue, Fab…

Erno se sentait couler à pic : après l’épisode Mutzig, le comportement de Nadine Favlovitch l’achevait.

- Tu en tires une tronche ! remarqua cette dernière, tandis que Mutzig les ramenait au commissariat sans dépasser le cinquante, un œil rivé sur l’aiguille du compteur.

- Ce n’est rien, ça va passer… Un coup de blues, comme ça…

- A cause de moi ?

- Pas forcément.

Silence. Mutzig venait de se faire doubler par une Citroën AX.

- Fab, tu as lu L’homme sans qualités, de Robert Musil ?

- Non… Jamais entendu parler. Pourquoi ?

- Pour rien… Mais ça me rassure, fit Erno en lui montrant son exemplaire corné, vieilli avant même d’avoir été lu. Tiens, si ça te tente, je te l’offre !

Fab écarquilla les yeux, son regard passant du livre à Erno, sans comprendre.

- Merci ! C’est gentil ! C’est bien ?

- Je ne sais pas ! Je ne l’ai pas lu ! Mais lui là, oui, dit Erno en désignant Mutzig.

- Ah ? Et à toi, Mutzig, ça t’a plu ?

Rire gras du brigadier :

- Ah non ! C’est chiant comme la mort, ce truc !

Erno ferma les yeux d’allégresse. Les âmes reprenaient leurs places en ce monde. Il suffisait de poser les bonnes questions et le bonheur tenait alors à un point d’interrogation.

Erno se jeta sur Fab et lui arracha le livre des mains.

- Désolé, je te le reprends !

Fab le regarda en se vrillant la tempe de l’index.

- Toc toc, je sais, lâcha Erno dans un sourire extatique.

Alors, la radio de bord se mit à crachoter ; message urgent pour les inspecteurs Erno et Favlovitch : Linda Lemmer venait d’être retrouvée gravement blessée à son domicile.


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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 26 Sep - 11:00





Journal (extraits)

III




Ce sera un jeu délicieux.

Le premier soir, fidèle mon habitude, je m’informerai du courrier.

Elle rougira. Imperceptiblement, mais elle rougira.

Elle me répondra bien entendu qu’il n’y a rien de neuf, sauf quelques publicités et l’Obs.

Ce sera un délicieux mensonge.

Depuis tant d’années de certitude, depuis tant d’années qu’aucun doute n’avait entamé ma confiance aveugle, après tant d’années de droiture, quel inavouable plaisir que de la prendre ainsi en défaut !

Alors, il y aura d’autres lettres pour autant de mensonges.

Un samedi midi, je ferai mine de me précipiter pour aller chercher le courrier à la boite et son sang se glacera.

Je lui présenterai l’enveloppe et la taquinerai sur qui pouvait bien lui écrire personnellement… Me cacherait-elle une liaison ? insinuerai-je.

Quel trouble délicieux, quel bonheur de la voir si fragile !

Et avec quelle fausse innocence, elle haussera les épaules et sur quel ton enjoué elle me dira combien je suis sot d’avoir de telles pensées…

Chaque semaine ou presque, je lui écrirai mes désirs les plus brûlants qu’elle croira d’un autre.

Sans savoir qui est cet autre.

Mais l’aimant déjà.

Sinon, pourquoi gardera-t-elle ces mots dangereux, au fond du tiroir de sa commode ? (il me sera enfantin de les y dénicher un après-midi qu’elle sera partie en ville. Pas plus de cinq minutes de recherches… Moi qui la croyais si peu naïve alors qu’elle se comportera comme la première midinette venue ! Ou sera-ce l’amour, ou le désir, qui lui feront perdre toute lucidité ?)

Et ces lettres les ouvrira-t-elle lorsqu’elle se caressera, car elle se caressera, comme toutes les femmes… Toutes les femmes le font !

Toutes les femmes le font ! Et les hommes ? …

Et ces instants combien je voudrai les surprendre.

D’abord je les imaginerai.

Je les imaginerai.

Puis, cela ne suffira plus. Il me faudra la voir, il me faudra l’entendre…

Pour la voir, j’achèterai à son insu une seconde lunette de vue que j’irai cacher dans une grotte connue de moi seul.

A chaque fois que cela me sera possible, je prétexterai une sortie avec mon club spéléo et j’irai me poster sur une hauteur qui domine la maison.

Notre chambre en gros plan.

Je choisirai de poster mes lettres anonymes le vendredi pour qu’elle les reçoive le samedi.

Rien la première fois.

Rien la deuxième fois.

Je m’appliquerai pour la rédaction de la lettre suivante. Et alors là, je serai récompensé.

Je la contemplerai en train de se donner, de s’abandonner, seule avec tous les amants du monde en elle, seule avec tous ses souvenirs réels ou non, seule avec son être infini, et avec une infinie variété ; parfois écartelée, parfois repliée sur elle-même ; parfois en attouchements délicats, parfois en violence obscène.

Parce que je lui laisserai le champ libre, ces séances deviendront une habitude.

La voir se crisper autour de son plaisir comme jamais elle n’aura osé le faire avec moi, la voir ne me suffira plus.

Il me faudra l’entendre.

Ce sera facile. J’achèterai un portable avec une qualité de son numérique ; je le fixerai à l’arrière du tiroir de ma table de nuit, je déconnecterai sa sonnerie et le programmerai en prise d’appel automatique.

Lorsque le samedi après-midi, elle fermera les yeux en glissant un index sous sa bretelle de soutien-gorge, je n’aurai qu’à composer le numéro du portable depuis le mien, et le son de notre chambre me parviendra aussi clair que si mon oreille était plaquée à sa bouche.

Quelques semaines et il m’en faudra plus…

Je déciderai qu’il est temps de lui livrer un nom.

De la livrer à un autre.

Un homme fera précisément très bien l’affaire.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 27 Sep - 17:18





Le brigadier Mutzinger avait repris ses couleurs : l’inspecteur Erno lui avait ordonné de gagner au plus vite le domicile des Lemmer. Quel bonheur ! 90 à l’heure en ville, une pointe à 130 sur la petite départementale, une enfilade de virages pris en dérapage contrôlé, contre-braquage au ras du fossé…

Erno et Favlovitch s’extirpèrent du véhicule les jambes flageolantes. L’ambulance était encore là. Linda Lemmer allongée sur un brancard, le visage ensanglanté.

Erno s’approcha, interrogea le médecin du regard, qui se mit à déclamer son diagnostique en jargon médical, impropre à la compréhension du commun des mortels, inspecteur de police compris. Ou alors, il fallait avoir adhéré au fan club de la série Urgences depuis sa création ! D’ailleurs, le Doc arborait une barbiche, style Mark Green…

- En clair, s’il vous plaît, elle souffre de quoi ? demanda Fab.

- Eh bien! fit le médecin en cherchant ses mots, elle souffre d’une plaie ouverte sur le sommet du crâne, provoquée par un objet probablement long et contondant.

- Quel degré de gravité ? interrogea Erno.

- Elle a perdu pas mal de sang, elle est inconsciente et son pouls est faible mais stable…

- Elle a des chances de s’en sortir ?

- Si vous me laissez l’embarquer pour l’hôpital tout de suite au lieu de me poser trois tonnes de questions, je vous répondrais " peut-être " ! répondit le toubib qui se la jouait vraiment County Hospital… Mais Erno lui accorda qu’il n’avait pas tout à fait tort. Ce n’était pas le moment de le harceler de questions. Le temps, pour le Doc, était à l’action, pas à la parole… Quelle importance qu’il s’identifiât au héros d’une série américaine si cela augmentait son efficacité ? Et il avait l’air efficace. Est-ce qu’Erno ou Fab ne seraient pas soulagés de le voir arriver à leur chevet en cas de coup dur ?

Erno lui tapa sur l’épaule, l’aida à grimper à l’arrière de l’ambulance et à en fermer les portes. Par la vitre, le Doc et le policier échangèrent un regard de connivence respectueuse. L’ambulance s’éloigna dans le hurlement de sa sirène deux tons.

- Sacré bagnole ! s’extasia Mutzig à voix haute, les yeux sur le souvenir de l’ambulance.

Erno haussa les épaules et s’en alla rejoindre Nadine Favlovitch, penchée sur le seuil de la maison des Lemmer.

- Tu n’as pas vu les chiens ? interrogea-t-il en se souvenant de leurs mâchoires antipathiques.

- Une gamelle de pâtée à laquelle on a mélangé un puissant soporifique : ils ronflent encore dans un coin du jardin, l’un sur l’autre.

- Sinon ?

- Sinon, la porte a été fracturée. Ce n’est pas du travail de dentellière ! Un grand coup de pied-de-biche et le tour était joué !

Erno examina la trace de craie qui délimitait la position dans laquelle avait été retrouvée Linda Lemmer.

- Si nous faisons simple, commenta-t-il, nous pouvons voir les choses ainsi : un type s’introduit ici par effraction en l’absence de Linda Lemmer / celle-ci revient plus tôt que prévu / le type l’assomme dans l’entrée à l’aide de son pied-de-biche.

- On dirait que la disparition de notre ami Lemmer inquiète du monde ?

- Je dirais qu’elle inquiète à coup sûr quelqu’un, mais peut-être pas tant de monde que cela…

- Tu penses que le cambriolage de la mairie et celui-ci sont l’œuvre de la même personne ?

- Ou d’un groupe travaillant pour la même personne…

- Et plus précisément ?

- Ah ça ! Dès que j’ai la réponse, je t’épouse !

Fab lui tira la langue.

Les deux inspecteurs firent un nouveau rapide tour des lieux puis sortirent de la maison. Ils s’apprêtaient à rejoindre Mutzig quand Nadine Favlovitch poussa un léger cri. Erno se tourna vers elle, lui demanda ce qui lui arrivait. Fab ne répondit pas, leva la main devant ses yeux, doigts écartés.

- On nous observe… finit-elle par annoncer.

Erno regarda dans la direction qu’elle lui indiquait. La maison des Kieffer.

- Tu es sûre ?

- Je me suis goinfré un reflet de soleil en pleine rétine, et cela provenait de là-haut… Je parie pour une paire jumelles !

Erno se figea un instant pour réfléchir, faisant rouler sa langue contre ses gencives.

- Tiens, tiens ! Et si nous allions rendre visite à nos enseignants curieux ?






Penaud, Alain Kieffer. Il ne chercha pas à nier. Même s’il avait rectifié l’orientation de sa lunette vers le ciel chauffé à blanc. Il assura les policiers de sa pleine et entière collaboration, en échange de leur discrétion vis-à-vis de son épouse. Erno promit qu’il verrait, ce qui ne mangeait pas de pain.

- Vous avez vu l’homme qui s’est introduit chez les Lemmer ?

Regard ahuri :

- Non !… Il y a eu un cambriolage ?

- Et mieux encore, ajouta Favlovitch. Linda Lemmer est dans le coma.

- C’était ça, l’ambulance ? A dire vrai, je ne suis monté regarder par ma lunette qu’après avoir perçu la sirène…

Immobilité des inspecteurs.

- Je vous jure ! Et les brancardiers m’ont caché le visage de Linda Lemmer…

- De toute façon, qui vouliez-vous que ça soit d’autre ? fit Erno. Bon ! Vous maintenez que vous n’avez rien vu ?

- C’est la stricte vérité !

Fab :

- Vous avez l’habitude d’espionner vos voisins ?

Kieffer tourna la tête vers elle.

- Non ! Il m’arrive de jeter un œil, parfois…

Erno :

- Et vous voulez que nous vous croyions ?

- Mais oui ! ! !

La tête de Kieffer passait d’un interlocuteur à l’autre. Une vraie partie de tennis. Fab et Erno le faisaient exprès. Technique de base pour désarçonner un suspect.

Fab :

- Elle est plutôt pas mal, Linda Lemmer ?

Erno :

- Je conçois que la surprendre vous ait tenté !

Fab, en s’approchant de la lunette :

- C’est quoi le grossissement ?

Erno, posant la main sur l’épaule de Kieffer :

- Il vaudrait mieux nous dire la vérité…

Le professeur recula, chercha à tâtons un fauteuil et s’y laissa couler. Vaincu.

- C’est vrai, je… je…

- " J’espionne " ? l’aida Erno.

- Ou " je mate " ? suggéra Fab.

- Oui, comme vous voulez…

- Dîtes-nous, Kieffer, en passant, comme ça : vous n’auriez pas une information sur la disparition de Thierry Lemmer ?

Les yeux dans les yeux :

- Je vous jure que non !

- Oui mais vous avez déjà beaucoup juré depuis le début de notre conversation…

- Non, croyez-moi ! Je ne sais rien sur la disparition de Lemmer. Sauf…

Fab et Erno, soudain tendus, comme deux chiens de chasse en arrêt :

- Sauf ?

- Régulièrement, Lemmer recevait la visite d’un homme étrange, le nez toujours chaussé de lunettes noires ; même en hiver.

Erno :

- Vous le connaissez ?

- Non.

Fab :

- Vous le reconnaîtriez ?

- Je ne sais pas. Mais par contre, sa voiture, oui ! Ou plutôt, l’une de ses voitures, car il ne vient pas toujours avec la même…

Fab et Erno :

- Cette voiture ?

- Une Audi bleu pastel.

Erno se tourna vers Fab :

- Je la connais. Et il garda pour lui que sa sœur Catherine s’y était assise en début d’après-midi aux côtés de ce cher Vigliano !



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 28 Sep - 19:03






8






- Tu ne sais pas où je pourrais trouver Vigliano ?

Catherine lança un regard soupçonneux à son frère :

- Qu’est-ce que tu lui veux ?

La réponse de Vincent se perdit dans le fracas d’une locomotive diesel rejoignant son dépôt. Catherine répéta sa question.

- Je crois qu’il sait quelque chose à propos de la disparition de Lemmer…

- Comment ça ?

Assis à la terrasse du buffet de la gare, Erno consulta le cadran de sa Timberland. Le train de Catherine était à 18h36 et annoncé avec une demi-heure de retard. Cela lui laissait le temps de résumer les événements de l’après-midi. Catherine l’écouta avec une attention soutenue.

- Tout ce que je sais, c’est qu’il m’a dit qu’il partait pour l’Italie, juste après m’avoir déposée chez toi, dit-elle une fois terminé l’exposé de Vincent.

- Il était quelle heure ?

- Quatre heures et des.

Evidemment ! Ciao, le Vittorrio Gasmann des fourneaux !

- Et toi, demanda Vincent, tu as déniché quelque chose ? Je veux dire, après ta partie de jambes en l’air avec Vigliano !

- Pour rester dans le sujet, rétorqua Catherine, je suis allé faire un petit tour au sex-shop de ta bonne ville…

- C’est sûrement ça qui va faire avancer mon enquête, ironisa Vincent.

Catherine termina son Get.

- Tu ne crois pas si bien dire, mon petit père ! J’ai les noms et adresses des copains et copines de partouzes de Lemmer…

Erno trempa ses lèvres dans son Campari-soda (toute une affaire pour que le barman du buffet de la gare finisse par accepter de le lui confectionner…)

- Tu me charries ou quoi ? En une heure de temps, tu as tiré les vers du nez du gérant – comment s’appelle-t-il déjà au fait, celui-là ?

- Lognon…

- Oui, Jean-Baptiste Lognon, c’est ça ! Alors ? Comment t’y es-tu prise ?

- Quelque chose me dit que ça ne va pas franchement te plaire… minauda Catherine pour gagner du temps.

Erno lui saisit le poignet :

- Avec toi, je commence à être blindé, Catherine… Alors, je t’écoute ?

- Disons que je me suis fait reconnaître de Lognon…

Erno fronça les sourcils :

- No comprendo…

- Ah ! toi, quand tu as décidé de ne rien comprendre, autant essayer de faire avancer un âne à coups de figues molles dans les pattes ! explosa Catherine.

Vincent se concentra, consentit à de réels efforts pour essayer de trouver un sens à la phrase de Catherine. En vain. Il l’implora d’expliciter.

Catherine se pencha par-dessus les consommations, apposa ses lèvres contre l’oreille de Vincent

- Avec Didier, nous commençons à être connus dans le milieu du X… Voilà, tu sais, tu es content ?

Erno se cala le dos contre sa chaise, ferma les yeux. Paupières closes, c’était ainsi qu’il réussissait le mieux à avaler les pires turpitudes de sa sœur. Une habitude… Catherine s’alluma une cigarette.

- Après ! Soutirer à ton Lognon les informations dont je t’ai parlées, cela a été facile. Il m’a suffit de lui faire croire que je pourrais me joindre aux membres du club… fit-elle en soufflant la fumée d’un trait vertical.

- Les membres du club… soupira Vincent en tendant la main, paume ouverte vers le ciel, d’où tomba, toute cuite et toute rôtie, une liste qui s’avérerait peut-être précieuse ; grâce à Catherine… et à ses talents de société ! Il la remercia, sincère, et lui offrit le meilleur sourire dont un frère puisse gratifier sa sœur.

- Ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne m’as jamais jeté la pierre…

- Je ne crois pas que Fred te l’ait jamais jetée non plus.

- Vous êtes mes deux meilleurs frangins du monde !

- Pour les deux premiers millénaires, mais attends un peu le suivant !

Ils échangèrent un regard droit et doux, dans lequel chacun crut voir chez l’autre la naissance d’une larme de bonheur ou d’amour. Puis le haut-parleur cracha son annonce : le train de Catherine entrait en gare, prière de s’éloigner de la bordure du quai…

Catherine prit place dans son compartiment de première dont elle baissa la vitre. Sur le quai (et sur la pointe des pieds), Vincent l’embrassa sur les deux joues.

- Lundi, même lieu, onze heures et demie ?

Le train frissonna dans une fureur d’acier. Catherine répondit à Vincent d’un battement de cils.

- Embrasse Margaux de ma part, eut-il le temps de crier avant le départ du train.

Catherine l’avait prévenu : elle remonterait à Paris les vendredis pour s’occuper de Margaux, pauvre bout de chou laissée par sa mère entre les pattes des parents de Didier le reste de la semaine. Vincent regarda s’éloigner sa sœur, emportée par le serpent d’acier selon sa trajectoire quasi rectiligne.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 29 Sep - 16:14






Journal (extraits)




IV




Quoi de plus naturel qu’un impénitent coureur et trousseur de jupons s’intéresse à elle ?

Elle est jeune et désirable même si elle n’en aura pas eu conscience jusque là.

Je serai pour elle ce révélateur.

Ce jeu auquel nous jouerons, ce sera pour son bien, pour son plein épanouissement.

Elle m’en remerciera tôt ou tard.

Je me débrouillerai pour qu’ils se rencontrent à plusieurs reprises.

Je commencerai par les inviter – lui et sa femme – à prendre l’apéritif à la maison.

Je feindrai de le trouver sympathique, je jouerai de tous les artifices pour l’entraîner dans mon enthousiasme de circonstance.

Je proposerai que nous les gardions à dîner. Ils accepteront devant mon insistance.

Elle mourra d’envie de les voir partir et mourra d’envie qu’ils restent.

Ils resteront.

A table, je l’installerai à mes côtés, face à lui.

Je lui ferai du pied en diagonale et il croira que cela vient d’elle.

Il trouvera ainsi une réponse au trouble dont elle aura témoigné la soirée durant. Evidemment, puisqu’elle pensera avoir à faire au diable charmant qui la pousse tous les samedis à rechercher des voluptés inavouables !

Sans doute me prendra-t-elle en pitié lorsque je lui dirai, tard dans la soirée, combien je l’aurai trouvé pétri de qualité…

Peu importera. Nous ferons l’amour et sans doute pensera-t-elle à lui, à lui, encore à lui.

Et pourtant, avec moi – sous moi - elle fera montre de sa retenue coutumière.

Parce que je suis son mari.

Parce qu’on ne dévoile pas la belle salope, la baiseuse forcenée, à son mari, cet homme que l’on fréquente par ailleurs pour le reste de la vie familiale.

On ne crie pas qu’on va jouir, qu’on va jouir si fort, à l’homme avec lequel on se demandera le lendemain si l’on part en vacances en Bretagne ou sur la côte Landaise.

On ne réclame pas qu’il nous la mette de mille façons, à ce mari avec lequel, après calcul des impôts à venir, on établira le budget annuel, envisagera le changement de la voiture ou du papier peint du salon.

On ne bée pas, ruisselante de désir par tous les orifices, devant celui qui nous a convaincue de regarder Envoyé spécial plutôt que le téléfilm sur TF1…

Pas elle.

Pas avec moi.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Ven 30 Sep - 16:33






9






Samedi matin d’une fin d’été, un mandat de perquisition en poche, l’inspecteur Erno se rendait à pied au restaurant Chez Etienne. Vigliano habitait l’appartement au-dessus de l’établissement. Au second, vivait la mère du bistrotier, une vieille Italienne rabougrie déguisée en corbeau fripé.

Le Rital envolé pour ses bases arrières transalpines, Erno misait sur une erreur due à la précipitation et comptait bien retourner l’immeuble en tout sens afin d’y dénicher quelconque indice. Il regrettait que Fab ne l’ait accompagné. Mademoiselle avait rendez-vous ce matin chez son dentiste. Tant pis, ils avaient rendez-vous en début d’après-midi. Il lui rendrait compte de sa visite.

Est-ce qu’il lui faudrait consigner d’une façon ou d’une autre les liens entre Catherine et ce salopard de Vigliano ? Erno s’en mordait l’intérieur des joues, s’en nouait les doigts au fond des poches de son pantalon de toile. Putain de fils de Rital !

Erno en était là de ses réflexions sur les invisibles liens tissés entre les descendants d’une même communauté d’émigrés ; là, devant la façade du cinéma où trois productions d’outre-Atlantique faisaient de l’ombre à La maladie de Sachs, lorsqu’un klaxon strident retentit. Un klaxon italien, ritournelle ringarde. Erno se retourna : au volant de son Audi décapotable bleu pastel, Vigliano lui adressait de grands signes amicaux et l’invitait à le rejoindre à ses côtés, sur le cuir fin du siège passager.

Perplexe, Erno prit place en sautant par-dessus la portière (se conformant ainsi aux usages en vigueur chez certains putains de fils de Ritals).

- Tu en fais une de ces têtes ! rigola Vigliano.

- Je te croyais parti en Ritalie ?

- Ah ! Catherine t’a dit ? Qu’est-ce qu’elle t’a raconté d’autre encore ?

- Rien ou presque. Alors, ton voyage ?

- Ne m’en parle pas : un vieil oncle que l’on enterrait ! Il a fallu que j’y conduise ma mère ! Tu la connais, non ? Si ça n’avait tenu qu’à moi… un oncle que j’ai dû voir trois fois dans ma vie !

- Tu es revenu ce matin ?

- Tu rigoles ! L’oncle, il restait seul au fin fond des Dolomites. Un trou paumé ! Non, non, je suis rentré hier soir ! Je t’avoue : pour les limitations de vitesse, j’ai quelque peu abusé - mais ça reste entre nous !

Erno retrouvait le Vigliano qu’il connaissait : hâbleur et désinvolte, versant dans le folklore Rital comme même Al Pacino n’avait jamais osé le jouer ! Bref, un joyeux compagnon qu’Erno savait apprécier à travers le vernis du personnage. Comment Etienne pouvait-il être lié à cette affaire Lemmer ?

- Tu as quelque chose de prévu ce matin ? demanda " Gassman " en se garant devant son restaurant.

Erno sortit de sa poche le mandat de perquisition et le déplia sous son nez.

- Ça veut dire quoi, Vincent ?

- Depuis quand tu as cette tire, Etienne ?

- Pourquoi, c’est une bagnole volée ?

- Réponds-moi : tu l’as achetée quand, et accessoirement où ?

- Ça fera un mois lundi prochain.

- Neuve ou d’occasion ?

- D’occase. Mais pourquoi ces questions, nom d’une queue ? !

- Lemmer recevait régulièrement la visite d’un homme conduisant une Audi décapotable bleu pastel…

Vigliano se tourna vers Erno :

- Alors c’est Coti !

- Coti ?

- Jean-Bertrand Coti. C’est à lui que j’ai acheté l’Audi.

- Ce Coti, ce n’est pas le président du bidule qui s’occupe du remembrement foncier consécutif au tracé du T.G.V. ?

- C’est possible…

Erno s’abîma dans ses pensées. Vigliano respecta le mutisme de l’inspecteur à peu près une minute.

- Dis donc, tu me soupçonnais, si j’ai bien compris ?

- Oui. Et ça ne m’enchantait pas…

- Ben mon salaud ! Tu n’as même pas l’air de le regretter !

Erno réfléchit :

- Non… Le fait que nous ayons des liens d’amitié ne dédouane pas tes conneries… Tout à l’heure, tu m’as avoué toi-même avoir conduit la nuit dernière sans soucis du code de la route ; si tu t’étais fait gauler, je n’aurais pas levé l’auriculaire pour intervenir en ta faveur…

Erno marqua une pause puis reprit son élan :

- Tu sais, je suis bien placé pour savoir qu’autour de moi, tout le monde n’est pas blanc-bleu au regard de la loi, sinon de la morale…

- Tu penses à qui ? Catherine ?

- Par exemple.

Le bistrotier examina l’inspecteur, les yeux mi-clos. Du lard ou du cochon ? Dans le doute, ne valait-il pas mieux partager et le lard et le cochon ?

- Allez ! Sortons de cette foutue bagnole ! Je t’invite, on va casse-croûter !

Erno regarda sa montre : dix heures et demie. Vigliano s’emporta :

- Mais oui, c’est l’heure ! De l’andouille, du pain frais et un verre ou deux de Chignin, ça t’ira ?

- Aux petits oignons, répondit Erno en décollant ses fesses du siège.

- Et pourquoi pas, des petits oignons, après tout ? se marra Vigliano en s’engouffrant dans le restaurant par la porte marquée " privé ".






Erno passa le reste de sa journée à tenter de joindre Jean-Bertrand Coti. En vain. Aucun de ses proches ne savait où il pouvait se trouver. Il était parti tôt le matin même pour Paris où il avait un rendez-vous. Sans autre précision.

Du côté de l’hôpital, Linda Lemmer était toujours en salle de soins intensifs. Pronostic réservé.

Vincent joignit Fab au téléphone en toute fin d’après-midi et lui résuma sa journée. Ils échangèrent quelques points de vue. Erno lui demanda si elle l’accompagnerait au ciné. Nadine s’excusa. Elle était prise. Tant pis.

Du coup, Erno renonça au cinéma. Il se fit une assiette de penne à la slave et consacra la soirée à l’écoute du dernier Thiéfaine. Il se coucha vers 11 heures. Se releva une heure plus tard. Pas moyen de fermer l’œil. Il alluma cigarette et télé. Tira sur la première et zappa le long des programmes de la seconde. Il s’arrêta sur Canal et regarda le X jusqu’au bout. Catherine n’y figurait pas. Ce fut son seul réel soulagement.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 3 Oct - 17:07





10






Catherine débarqua par le train de Paris à 23h38. Ses beaux-parents avaient récupéré Margaux plus tôt que prévu et elle avait sauté dans le premier T.G.V.

Echully était désert ; les abords de la gare peu engageants. Catherine sauta dans l’unique taxi en stationnement. En cours de route, elle vérifia qu’elle avait bien les clés de l’appartement de Vincent. Il n’aurait plus manqué qu’elle les eût oubliées ! Mais non, le trousseau était là, prisonnier d’un porte-clés représentant une Telecaster – cadeau de Frédéric.

Le taxi déposa Catherine devant l’immeuble. Elle composa le digicode. La rue entière n’était que silence. La nuit surveillait son monde de son œil pâle. Catherine avala sans bruit les quatre étages. Elle engagea les clés dans leurs serrures et pénétra dans l’appartement.

Obscurité. Vincent devait être sorti… Tiens donc, quelles pouvaient bien être les activités nocturnes du frangin ? Bah ! Sans doute une planque quelconque… Toujours boulot-boulot, celui-là !

Catherine posa son sac de voyage et passa dans la cuisine. Elle ouvrit le réfrigérateur et décapsula une bière fraîche qu’elle retourna savourer au salon. A peine assise sur le canapé, elle crut entendre un bruit, tendit l’oreille. Pas de doute, il y avait quelqu’un dans l’appartement. Quelqu’un qui frappait deux objets métalliques l’un contre l’autre… Catherine réfléchit : les bruits provenaient de la chambre de Vincent ; si Vincent était éveillé, il l’aurait entendue arriver et serait venu la rejoindre au salon… Donc, il y avait quelqu’un d’autre… Catherine appela néanmoins : " Vincent ? " Pas de réponse sinon un vague grognement… Catherine crut pourtant reconnaître la voix de son frère… Une intuition éclair qui se transforma aussitôt en certitude : Vincent était retenu contre son gré dans sa chambre ! Catherine chercha autour d’elle et s’empara d’un coupe-papier Laguiole rangé sur une étagère.

Elle attendit deux secondes, plaquée contre le mur. Un discret rai de lumière filtrait sous la porte : la lueur d’une lampe de chevet. Ou d’une torche ! Catherine posa la main sur la poignée de la porte, prit une longue inspiration et jaillit dans la chambre de Vincent.

Elle effectua un roulé-boulé à faire pâlir tout cascadeur engagé sur le dernier James Bond. Durant sa pourtant vive cabriole, elle eut le temps de découvrir un gracieux tableau : son frère en toute nudité avec une jolie brune… Cela lui permit de s’excuser sitôt parvenue au sol et de s’éclipser au plus vite en renouvelant ses excuses.

Catherine se réfugia dans la chambre d’ami. Quelle fine psychologue elle faisait ! Coincé, le Vincent ? ! Tu parles ! Et elle qui se l’imaginait en planque ! Boulot-boulot !

Son visage se détendit quand elle comprit d’où provenaient les bruits métalliques… Puis elle revécut la scène dans son intégralité et elle dut plaquer sa main devant sa bouche pour ne pas hurler de rire. Les larmes aux yeux lui vinrent. De merveilleuses larmes, savoureuses comme le souvenir qu’elle et Vincent garderaient de cette nuit !

Des pas et des voix dans le couloir. Qui passent et s’éloignent. La porte d’entrée qui se referme. Catherine attendit Vincent. Il ne tarda pas à pousser la porte de la chambre d’ami.

- Je suis vraiment désolée, pouffa Catherine. Excuse-moi, je t’en prie…

Vincent, rhabillé à la hâte, laissa un large sourire le gagner. Puis il vint s’asseoir à côté de sa sœur et ils partagèrent un long fou-rire.

- Dis donc, finit par demander Catherine dans un hoquet, c’est une de tes collègues, cette petite brune ?

- Comment tu sais ça, toi ?

- Facile : il y avait deux paires de menottes…

Machinalement, Vincent se massa les poignets et regarda ses chevilles, où deux marques rouges témoignaient de la sagacité de Catherine. Son silence valut réponse.

- Elle n’est pas mal… et même plutôt bien ! Elle s’appelle comment ?

- Fab pour les intimes.

- Fabienne ?

- Non : inspectrice Nadine Favlovitch. Dit Favlo, puis Fav, puis Fab ; chronologie d’un sobriquet…

Catherine passa la main dans les cheveux de son frère.

- Tu m’épates, pour le coup, tu sais ?

- Te serais-tu imaginé représenter à toi seule le vice au sein de la famille ?

Catherine ne répondit pas.

- Au fait ! Tu ne devais rentrer que demain matin – ou plutôt ce matin ! rectifia Vincent après avoir regardé l’heure au réveil, posé sur la table de chevet.

- Les parents de Didier ont absolument tenu à reprendre Margaux dans la soirée. J’ai sauté dans le premier train ! Alors dis-moi : Lemmer, tu en es où ?

Vincent s’appliqua à lui résumer les derniers événements. Catherine l’écouta sans mot dire. Lorsque Vincent lui demanda ce qu’elle en pensait, il découvrit qu’elle s’était endormie, appuyée contre la tête de lit. Il la prit par les épaules et l’allongea en douceur. Un rayon de lune caressait son visage. L’arête tendue de son nez en paraissait plus rectiligne encore. Catherine possédait le plus beau long nez – long et fin – que Vincent ait jamais vu. De son point de vue, c’était pour cet appendice que les hommes auraient dû succomber et non pour quelque autre anatomie… Le nez de Catherine était la juste transposition féminine de celui de leur père, comme une ébauche que l’on aurait affinée dans un souci de délicatesse extrême. Ce nez avait quelque chose de viril, et la grâce du visage de Catherine provenait là. Erno l’avait souvent remarqué : les hommes vraiment beaux avaient pris l’essentiel de leurs traits à leur mère plus qu’à leur père, et inversement pour les femmes. L’inspecteur avait découvert cette vérité devant la photographie de la mère d’Ivo Livi. Trop de masculinité pour les uns, trop de féminité pour les unes, engendrait certaine fadeur de la physionomie.

C’était une vérité ; que Vincent Erno découvrait parfois mensongère. Mais c’était là le lot de toute vérité.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 4 Oct - 10:19






Journal (extraits)

V




Et tout m’échappera à partir du moment où elle et lui…

Alors que j’aurais pu me satisfaire de son intimité volée, de ses pratiques solitaires volées, il aura fallu que je la pousse vers cet homme.

Sans doute sera-t-il parfait pour elle, sans doute s’abandonnera-t-elle comme je l’aurai imaginé, sans doute osera-t-elle jouir comme elle aura dû jouir avec quelques amants de passage durant sa jeunesse, avant notre rencontre (elle m’avait avoué avoir participé à plusieurs parties au cours desquelles d’audacieuses combinaisons furent composées)

Sans doute.

Mais je ne pourrai le vérifier : leurs rencontres se dérouleront à huis clos.

Chez lui.

Et jamais je ne les surprendrai.

Je n’y aurai pas songé, je commettrai cette erreur.

Ils fermeront portes et volets, tireront persiennes ou rideaux.

L’optique allemande de mes jumelles buttera contre des parois infranchissables, des surfaces terriblement opaques.

Le portable dissimulé dans notre chambre deviendra inutile.

Je ne pourrai que les imaginer.

Ce sera cruel.

Ce sera insupportable.

Ce sera fatal.

J’aurai perdu et je serai mauvais perdant : elle devra mourir.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 5 Oct - 11:00






11






Puisque Catherine était revenue plus tôt que prévu, Vincent l’invita à l’accompagner chez les propriétaires devant être expropriés, selon le tracé du nouveau T.G.V. Il lui annonça la nouvelle au saut du lit et n’obtint qu’un vague battement de cils en guise de réponse. Pas de panique. Il savait sa sœur incapable de mettre son cerveau en batterie avant d’avoir ingurgité un décalitre de café noir et consumé sa première cigarette. Une fois accompli ce rituel, Catherine se frotta les mains, paume à paume, et vociféra 1000 vies sous la douche.

Ils s’installèrent dans la Ford de Vincent sous une chaleur accablante. Le ciel était limpide. Pourtant, chacun savait que l’orage menaçait, rançon de ces étés dont la canicule mordait trop loin dans la saison.

- Tu ne penses pas que les garçons qui ressemblent à leur mère ont plus charme que les autres ? demanda Vincent.

Catherine tourna la question une poignée de secondes.

- Tu dis ça parce que je ressemble à papa ?

- Réponds-moi.

- Franchement, je ne crois pas, dit Catherine en plissant les yeux.

- Ah bon ! commenta Vincent, marri que sa sœur infirme sa conviction.

Il franchirent la rivière qui s’amusait cruellement avec les reflets du soleil. Encore une poignée de kilomètres. La Ford se lança à l’assaut des coteaux calcaires.

- Chez qui allons-nous, au juste ? demanda Catherine.

- Chez Alexis Camus, un vigneron que je connais bien.

- C’est toujours un peu ambigu, lorsqu’un flic dit de quelqu’un qu’il le connaît. On ne sait jamais s’il parle d’un ami ou d’un individu qu’il a fait plonger !

- Non, là, avec Camus, nos rapports sont strictement professionnels… fit Vincent en souriant.

- Ça ne m’en dit pas plus…

- Je sais, je te taquine…(Catherine songea qu’il n’y avait plus que son frère pour employer ce verbe taquiner). Nos rapports avec Camus sont professionnels, mais de son point de vue à lui ; il est vigneron et j’achète son vin !

Vincent prit un chemin de terre et de pierre et longea quelques hectares de vigne avant de se garer sur un tertre où trônaient les chais d’Alexis Camus.

L’homme en sortit pour accueillir les arrivants.

- Catherine, ma sœur ! présenta Erno.

- Grenache, Syrah et Mourvèdre – mes vignes ! répondit Camus sur le même ton, les bras grands ouverts face au panorama. Qu’est-ce qui vous amène ? Je viens de terminer les vendanges et tu veux déjà goûter la récolte ?

- Non, non, rassure-toi, je viens juste fouiner dans le secteur, et j’ai pensé à venir te voir, pour commencer…

- Tu crois que Lemmer se cache par ici ? fit Camus en allant chercher une bouteille et trois verres.

- Pas précisément, répondit Erno, étonné par la question du vigneron.

- Alors quoi ? fit Camus en s’asseyant sur le rebord du tertre et invitant Catherine et Vincent à en faire de même.

L’inspecteur de police demanda au vigneron son avis sur le futur remembrement foncier. Camus commença par claquer sa langue contre son palais, comme s’il avait tant à dire qu’un délai de réflexion lui fût nécessaire pour ordonner sa pensée. Il prit le temps de servir trois verres d’un vin d’un rouge tendu et velouté, fit tourner le sien, examina les jambes contre la paroi du verre - sembla les apprécier – huma les premières tonalités aromatiques, le nez plongé dans le verre incliné puis en avala une infime lampée qu’il fit mousser le long de ses joues. Enfin, d’un coup de glotte, il avala et porta attention aux saveurs rétro-olfactives, les yeux mi-clos, la tête penchée en arrière.

Catherine et Vincent l’admirèrent sans ironie aucune, puis finirent par oser tremper leurs lèvres profanes dans leur verre.

- Alors ? demanda Camus

- Il est bon, répondit Vincent dans un excès de folle audace.

- C’est tout ?

- Ben, tu sais, moi, parler du vin… bredouilla Erno.

- Ce n’est pourtant pas difficile ! C’est tout comme parler d’une femme !

Catherine pouffa. Vincent haussa les épaules.

- Et vous ? demanda Camus à Catherine.

- Ça existe, un vin bandant ?

Camus écarquilla les yeux :

- Ah ! oui tiens ! Pas con ! Je n’aurais pas dit ça mais il y a du vrai ! Encore un verre ? proposa Camus en servant ses hôtes d’autorité.

Vincent finit par ramener Alexis Camus à la question qu’il lui avait posée cinq minutes auparavant. Le vigneron se concentra et livra son opinion, le regard fixé sur les crêtes du plateau calcaire qui barrait l’horizon.

Selon lui, il était enfin temps que la police s’intéresse à cette affaire. Il circulait trop de rumeurs sur le changement de tracé soudainement décidé par les autorités locales. Par quel prodigieux hasard le nouveau projet s’inscrivait-il en plein cœur de terres, récemment achetées contre une poignée de sable par quelques obscures sociétés ? Le tout au détriment d’agriculteurs qui, tout comme Camus, commençaient en juin à ne plus pouvoir boucler l’année. Et à présent, ces terres valaient leur pesant d’or en regard de l’indemnité d’expropriation que l’Etat s’apprêtait à verser.

- Jean-Bertrand Coti, ce nom te dit quelque chose ? interrogea Erno.

- Tu ne peux pas tomber mieux ! A ce qu’on raconte, c’est ce type qui est derrière tout ce micmac… Tu veux que je te dise ? Rattrape-le avant qu’il ne tombe entre les pattes d’un gars de chez nous qu’il aurait enculé à sec – pardon, mademoiselle !

- Ce n’est rien, elle a l’habitude… fit Vincent en balayant les excuses de Camus d’un envol de la main droite. C’est bien ce que je cherche à faire, rattraper ce Coti, poursuivit-il, si seulement je savais où il se planque ! (Catherine laissa dire, se demandant toutefois ce que le vigneron avait compris : qu’elle avait l’habitude des grossièretés ou de la pratique mentionnée ?)

- Tu plaisantes ou quoi ? fit Camus, suspendant son geste alors qu’il se versait un troisième verre.

A son tour, Erno se statufia :

- Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu sais où il se trouve ?

Camus désigna une route qui sinuait sur le versant du plateau, à travers une garrigue dense et sauvage :

- Il est passé par-là, environs une heure avant que vous arriviez…

- Tu es sûr ?

- En tout cas, c’était son 4x4…

Erno chercha le regard de Catherine, le trouva ; frère et sœur unirent leurs pensées.

- Qu’est-ce qu’il y a par-là ? demanda Catherine en pointant le menton vers le maquis.

- Des sangliers principalement, fit Camus en se grattant la tête. C’est une réserve de chasse, il doit forcément exister quelques abris bien camouflés…

- Allez Catherine ! On y va ! décida Erno en se dirigeant vers sa Ford. Catherine s’abstint de faire remarquer à Vincent son emploi du pronom indéfini. C’était signe que l’action prenait pour le moment le pas sur la réflexion.

Camus eut à peine le temps de leur dire au revoir, et encore ne fut-il pas certain d’avoir été entendu. La voiture d’Erno souleva un nuage de poussière et disparut.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 6 Oct - 17:15





12






Si Catherine et Vincent avaient cru en Dieu, du petit miracle qui leur fit dénicher le 4x4 de Coti, pourtant bien dissimulé dans les sous-bois, ils auraient admis qu’il était assez chic type. Il s’en était fallu d’un cheveu : ils étaient passés déjà devant plusieurs fois sans rien remarquer, depuis une bonne heure quadrillant le maquis, à chaque départ de sentier s’arrêtant afin d’en inspecter les abords, à la recherche d’un indice.

Et là, Catherine venait de conseiller à Vincent de ralentir, croyant avoir perçu un reflet suspect. Il avait pilé aussitôt, les deux pieds sur la pédale de frein. Oui ! C’était bien le pare-brise d’un 4x4 qui leur faisait signe et montrait le chemin… Le doigt de Dieu empruntait-il parfois les rayons du soleil pour manifester sa présence ? Mais Vincent et Catherine n’étaient pas près de croire en lui… Ni prêts, et d’ailleurs ne le seront-ils jamais.

Courbés en deux, ils se ruèrent vers le véhicule. Vincent palpa son arme sous son blouson. Il regretta la présence de Catherine. Désarmée, elle risquait de constituer un handicap si les choses se gâtaient.

Le 4x4 était verrouillé. Apparemment vide. Catherine montra à Vincent une empreinte de pas dans la terre poussiéreuse, à l’entrée d’un sentier qui s’enfonçait sous une végétation dense.

Le plus silencieusement possible, ils progressèrent au milieu d’épineux de plus en plus hostiles. La marche ne dura pas moins d’une demi-heure. Enfin, ils le découvrirent.

Jean-Bertrand Coti achevait de tasser la terre avec sa pelle. Vincent et Catherine comprirent aussitôt : il venait d’enterrer un cadavre. Les dimensions du trou ne laissaient aucun doute.

" Lemmer ! " pensa Vincent.

" Lemmer ? " s’interrogea Catherine.

L’inspecteur fit signe à sa sœur de rester à couvert derrière le buisson de Kermès. Coti se trouvait à une vingtaine de mètres, au centre d’une minuscule clairière où quelque chasseur avait aménagé un affût.

Erno arma son revolver et avança avec la discrétion d’un Commanche sur le sentier de l’Amour – bien que lui suivît plutôt un sentier de Guerre… Il contourna la clairière afin de surprendre Coti sur ses arrières. Encore que ce dernier modifiait constamment sa position, tout occupé qu’il était à recouvrir son carré de terre fraîchement retournée d’un tapis de feuillages et le dissimuler ainsi de la curiosité d’éventuels randonneurs.

De son poste d’observation, Catherine songea que, dans son plan, Coti oubliait quelque peu la faune sylvestre ; et que le premier charognard par la pestilence alléché ne tarderait pas à exhumer " son " cadavre.

Parvenu suffisamment près pour ne pas craindre de rater sa cible, Vincent enjoignit à Coti de ne plus faire un geste. L’homme se fit un devoir de démontrer qu’il savait de ses mains attraper la cime des arbres. Erno se dégagea du maquis sans lâcher Coti des yeux, ni du canon de son arme.

De son côté, Catherine se crut autorisée à rejoindre son frère.

Coti regarda s’approcher de lui ce couple importun. Il connaissait de vue l’inspecteur, mais ignorait l’identité de la jeune femme l’accompagnant. Quelle importance à présent ? La partie semblait perdue. Et pourtant, par défi, Coti envisageait d’achever sa tache et de brûler les documents qui, déjà imbibés de white-spirit, n’attendaient qu’une étincelle pour s’enflammer.

- L’identité de celui que vous venez d’inhumer ? demanda Vincent.

Coti se contenta de sourire.

- Lemmer ?

Permanence du sourire.

Erno comprit qu’il perdait son temps. La seule chose à faire était d’embarquer Coti au commissariat. Une équipe viendrait exhumer le cadavre. Les questions trouveraient leurs réponses. Un bon interrogatoire pour éclaircir les quelques zones d’ombre qui subsisteraient, et puis basta ! au juge de se démerder !

- Ça sent bizarre, par ici, non ? fit remarquer Catherine.

Coti détourna son regard vers le tas de papier, comme un bleu. Erno capta ce mouvement et s’avança vers les dossiers posés au sol. Il renifla : ils étaient bien imbibés d’essence.

- Je suppose qu’il s’agit des documents que vous avez dérobés à la Mairie et chez Lemmer ? fit Vincent.

Toujours le sourire de Coti. L’inspecteur prenait sur lui pour garder son sang-froid et ne pas pulvériser d’un coup de crosse le domino trente-deux pièces de l’autre. Après ça, il aurait toujours pu essayer de sourire aussi finement…

Coti fit un pas en direction de Vincent, lequel, d’un simple haussement du canon de son arme, lui conseilla de garder les mains haut perchées et d’en rester là de son mouvement. Coti obtempéra tout en manœuvrant son briquet. Une flamme de belle dimension jaillit de sa main, lui donnant l’apparence d’une Statue de la Liberté menaçante.

Ce fut à ce moment qu’un coup de feu éclata.



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 10 Oct - 17:25





Journal (extraits)

VI




Je saurai où cacher son cadavre avant de savoir comment la tuer.

Il existe des milliers de tannes qui creusent le plateau calcaire en un réseau inextricable.

La grotte où je remiserai mes jumelles conviendra à merveille.

Personne n’y vient plus jamais car elle ne débouche sur rien. Elle se termine en une salle étroite, grande comme deux cercueils. Son plafond est friable et ce sera un atout.

J’aurai déjà pris soin de ne m’y aventurer qu’avec la certitude de ne pas être suivi et je veillerai à obstruer quelque peu son accès et à dissimuler les traces de mes allées et venues.


Lorsque je serai décidé à l’éliminer - pleinement décidé, je creuserai petit à petit un passage dans le plafond de la grotte.

D’une taille suffisante pour y glisser son corps. Un jeu de poulies et de cordes m’aidera à exécuter l’opération.

Une fois le corps en place, je n’aurai qu’à reboucher le passage et à définitivement interdire l’accès de la grotte en provoquant un éboulement en sa partie la plus étroite.

Personne ne sera surpris, de ces éboulements se produisent chaque année. Certains, comme celui que je déclencherai, ne sont même pas perceptibles en surface et l’on ne les découvre qu’au hasard d’une sortie spéléo.

Je la déshabillerai et son corps se trouvera ainsi enseveli sous quatre ou cinq mètres de tourbière.

De mon côté, j’aurai signalé sa disparition.


Lorsque je serai décidé à l’éliminer - pleinement décidé, il me faudra choisir le bon moment.

Je devrai disposer d’un alibi infaillible.

Bien sûr, agir de nuit offrirait l’avantage de la discrétion, mais exclurait cet alibi en béton.

Après réflexion, le mieux sera d’opérer en journée ; une journée où j’aurai prévenu d’une sortie spéléo en solitaire.

Il me suffira d’installer cordes et matériel à l’avance et profiter du laps de temps où tout le monde me croira occuper à aménager ma descente pour rendre mon alibi inattaquable.

Ce sera forcément un jour durant lequel le moins de monde possible traînera dehors. Un après-midi de finale de football ou de tournoi des six nations ou de finale de Rolland-Garros ou d’arrivée du Tour de France ou le 14 juillet ou n’importe quel jour férié.

Mais de préférence en été.


Lorsque je serai décidé à l’éliminer - pleinement décidé, il me faudra procéder au choix de l’arme.

J’y songerai jour après jour ; face à elle, un verre de Muscat à la main ; lui répondant un matin la bouche pleine de dentifrice ; l’aidant à agrafer sa robe ; lui glissant le pot de confiture au petit-déjeuner ou lui ouvrant de l’intérieur sa portière avant de la conduire en ville…

Jour après jour.


Et lorsque je serai décidé à l’éliminer - pleinement décidé, ce sera à l’arme blanche.

Un long couteau de chasse acheté en supermarché.

***

13






Coti s’écroula. Touché en pleine tête. Et de partout jaillirent des hommes en tenue de combat qui bondirent sur Vincent et Catherine et les maîtrisèrent en un instant. Vincent fut désarmé sans même sans rendre compte. Jetés à terre, roués de coups et d’insultes, Vincent et Catherine n’eurent pas le temps d’avoir peur ni de se poser la moindre question. Dans la mêlée, leurs vêtements – déjà légers – furent déchirés ; Vincent se retrouva en slip, Catherine garda sa petite culotte par miracle. Mais sa semi-nudité déchaîna sur elle certaine violence. Elle fut écartelée et ses cris redoublèrent, mais sa terreur ajouta à la fureur des agresseurs et bientôt il sembla à Vincent que le maquis n’était que rage.

Erno s’apprêtait à ne plus lutter contre l’évanouissement – autant ne pas vivre cet instant – quand plusieurs coups de feu éclatèrent en rafale. Et de leur écho revint le silence.

Des mains s’emparèrent de Vincent et de Catherine, les remirent sur pieds et les soutinrent. On les couvrit de blousons qui n’étaient pas leurs et sentaient la sueur et la résine. On les réconforta de paroles calmes et douces, amicales. Mais il fallut à Catherine et Vincent quelques bonnes minutes pour les entendre et entr’apercevoir, sous leurs paupières tuméfiées, la silhouette d’Alexis Camus et d’un inconnu au regard franc et clair.

Enfin, quand ils eurent recouvré leurs facultés, Vincent et Catherine s’assirent sur une souche et écoutèrent les explications de l’homme et d’Alexis, tandis que d’autres s’affairaient à désinfecter leurs plaies ou à appliquer de la glace sur leurs hématomes.

- Je m’appelle Jean-Rémy Pérot, se présenta l’homme au regard clair.

Vincent et Catherine bredouillèrent quelques mots qui se perdirent en un gargouillis de salive et de sang mêlés. Mieux valait pour l’instant se contenter d’écouter et tacher de comprendre. Pour tenir des discours, voir plus tard !

Pérot expliqua qu’il enquêtait à titre privé sur certains dossiers de spoliation de biens juifs durant la seconde guerre mondiale. à ce titre, la fortune de la famille Lemmer l’intéressait. Aussi, sa route avait croisé tous ces derniers temps celle d’Erno.

L’inspecteur cracha un joli paquet de sang avant de demander, d’une voix qui zézayait entre quelques incisives ébréchées :

- Le vol au domicile de Lemmer, c’est vous ?

- Non. C’était lui, répondit Pérot en désignant du menton le cadavre de Coti. Mais je reconnais qu’il ne m’a devancé que d’une poignée de minutes… Je l’ai vu assommer l’épouse de Lemmer et, sans savoir pourquoi, je me suis mis à le filer. Il tenait à la main une liasse de documents, peut-être certains pouvaient-ils m’intéresser ? Et puis, après son coup d’éclat, je ne pouvais prendre le risque de mêler mes traces aux siennes.

Erno n’était pas convaincu. L’homme avait peut-être le regard franc et clair, mais cela ne l’exonérait pas de toute dissimulation. Peu importait, s’il devait à quelqu’un d’être encore en vie – et Catherine avec – c’était bien à ce Pérot. C’était lui qui avait alerté Alexis Camus lorsque la bande de féroces leur était tombée sur le dos. Mais au fait, qui étaient-ils ? Camus expliqua :

- Ce sont des gars que je connais, pour la plupart petits propriétaires fonciers du plateau, et accessoirement membres de la fédération de chasse. Depuis des semaines, ils redoutent un incendie criminel qui arrangerait les affaires de quelques-uns – ceux-là mêmes qui profitent du revirement dans le tracé du T.G.V. Surtout avec la sécheresse qui sévit depuis le début de l’été ! Alors, ils se sont constitués en patrouilles et surveillent tout promeneur s’aventurant dans le maquis. Eux aussi ont repéré Coti. Malheureusement, ces branquignols faisaient glisser le vin blanc depuis le casse-croûte de 5 heures… Autant dire qu’ils avaient tous la cervelle en stand-by autour de 12° d’alcool ! Dans leur ébriété, ils n’ont pas fait la différence entre Coti, ta sœur et toi : vous étiez ces fameux incendiaires qu’ils craignaient tant…

- Voyant cela, reprit Pérot, je me suis précipité chez Camus que je savais être le plus proche des lieux !

- J’ai aussitôt regroupé les ouvriers du domaine et nous avons accouru jusqu’à vous. Je ne sais pas si nous pouvons dire que nous sommes arrivés à temps… Nous avons perdu quelques minutes que ta sœur et toi risquez de ne pas oublier de si tôt…

Erno dit à Camus de ne pas s’en faire. Catherine se leva et alla poser un baiser sur la joue du vigneron. Elle frissonna sous son blouson. Un coup de tonnerre les fit tous sursauter.

L’orage éclata. Les nuages denses et sombres s’étaient accumulés contre le versant du plateau, poussés par le vent marin et bloqués par les crêtes de calcaire. Des trombes s’abattirent sur le maquis. Un déluge d’une eau lourde de tous les plombs et oxydes accumulés au sein des nuages depuis des semaines. En une minute, tous furent trempés jusqu’à l’os. Les chasseurs dessoûlèrent à vue d’œil. Chacun se précipita pour trouver refuge au mieux à l’intérieur des véhicules laissés à quelques centaines de mètres. Curieuse course à laquelle participaient, dans la plus grande confusion, victimes, agresseurs et sauveurs. Seul demeura Coti, le nez dans la tourbe, sur lequel s’abattaient de nouvelles foudres.

Essuie-glaces au maximum de leur vitesse, Camus se lança à faible allure à l’assaut de la piste forestière, déjà encline à se transformer en torrent de boue. Vincent se retournait par instants pour s’assurer que les autres véhicules suivaient, et accessoirement sa Ford, dont un ouvrier de Camus avait pris le volant. Mais, après cinq minutes, aucune lueur de phares ne parvenait plus à transpercer les ténèbres de la tourmente.

Camus atteignit la route et ses quatre roues motrices abandonnèrent la viscosité de la piste pour l’asphalte. De part et d’autre de la route, des torrents de boue entreprenaient son invasion. Déjà, plusieurs véhicules avaient versé dans le fossé et leurs occupants, hagards, tentaient de regagner la route à plat ventre contre le sol détrempé. Çà et là, des glissements de terrains avaient emporté une partie de la chaussée. Des coulées de boues arrachaient des blocs de la montagne et en déchiraient le versant en une impure avalanche.

Vincent ne se retournait plus. Personne ne semblait plus les suivre depuis de longues minutes. Il n’était même pas certain que le conducteur de la Ford avait pu s’extraire du maquis…

Camus arriva en vue d’Echully. Il traversa le fleuve dont les eaux furieuses luttaient entre elles pour gagner au plus vite le réconfort d’un lointain estuaire. La ville était déserte. Il voulut prendre la direction de l’hôpital mais Erno lui indiqua le chemin du commissariat.

Lorsqu’ils s’extirpèrent du 4x4, l’orage semblait redoubler de violence. Derrière les vitres du commissariat, les visages se pressaient pour contempler la fureur des cieux. Vincent reconnut ceux des inspecteurs Gisson et Venouil, côte à côte, vieux couple à la scène comme à la ville. Derrière une autre fenêtre, Hamed Khâm un jeune brigadier prometteur et Doyen, toujours le clope au bec alors que de récents examens ne laissaient aucun doute sur le développement de métastases au creux de ses poumons goudronnés. Par une petite lucarne, Mutzinger semblait souffrir à chaque grêlon qui agressait la carrosserie de sa voiture, parquée sous ses yeux. Plus loin sur la droite, Fab, seule, dont les traits se détendirent de soulagement lorsqu’elle aperçut Vincent de retour.

De son côté, Catherine, malgré qu’elle souffrît encore des coups reçus, lut sur les traits de l’inspectrice la possibilité d’un lien sérieux entre cette dernière et son frère.

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 11 Oct - 17:12




14






Les urgences débordaient lorsque Fab y traîna de force Vincent et Catherine afin qu’ils y subissent un examen de contrôle. Les blouses blanches volaient en tout sens. Fab en accrocha une par la manche et produisit sa carte de police. Vincent tenta de la retenir. En vain. Lorsque Fab voulait quelque chose, il était rare qu’elle ne l’obtînt pas.

Catherine et Vincent furent dirigés vers une alcôve, isolée de l’agitation du service par un rideau vert. Ils s’installèrent. Catherine grimpa sur la table d’auscultation. Fab les rejoignit et se vautra dans un fauteuil en moleskine brune. Vincent resta debout : ce n’était pas quelques contusions qui allaient le mettre sur la touche…

Dix minutes s’écoulèrent et Fab bondit de son fauteuil. Elle abandonna Catherine et Vincent.

- Caractère de cochon !

Vincent s’abstint de répondre.

- Joli brin de fille, poursuivit Catherine. Une boule de nerfs comme elle, au lit ça doit te péter sacrement à la gueule, non ?

Vincent haussa les épaules. Catherine et ses commentaires saupoudrés de langage ordurier, il était obligé de les entendre, pas d’y répondre.

- Merde ! Non mais quelle tête j’ai, moi ! s’exclama Catherine en se hasardant face à un miroir. Elle continua son examen en soulevant, tirant, baissant ses différents vêtements. Son corps était parsemé d’hématomes tirant du jaune au bleu outremer en déclinant toutes les nuances de vert…

- C’est la cata, se lamenta-t-elle.

- Dans un mois il ne s’y connaîtra plus ! la rassura Vincent.

- C’est bien ça ! Mais dans quinze jours, j’avais un tournage moi ! Un tournage important !

Vincent secoua la tête avec un sourire entendu : sa sœur comptait-elle vraiment devenir une star du porno ? Il posa la question.

- Imagine-toi que là, c’était le top ! Grâce aux relations de Didier, je devais être à l’affiche du premier X tourné selon le procédé Miramax ! Les deux films sont financés par un magna japonais, propriétaire d’un complexe cinéma à Kobbe digne du Futuroscope…

Vincent n’en croyait pas ses oreilles ! Il s’imaginait Catherine, cuisses ouvertes sur un écran de 2000 m2 ou en relief, toutes formes tendues vers les spectateurs… Jusqu’où sa sœur repousserait-elle les limites du supportable ? Il n’eut pas le loisir de chercher une réponse à cette question : Fab tira le rideau vert, de retour avec à ses basques le toubib croisé devant les Lemmer, celui qui se prenait pour un héros d’Urgences.

- World isn’t enough, soupira ce dernier en découvrant l’inspecteur.

Erno ignora la sentence et désigna Catherine d’un revers de pouce.

- Vous pouvez examiner ma sœur – en français ? demanda Vincent.

" Green " sourit et s’approcha de Catherine. Il la fit s’allonger, puis se retournant, enjoignit à Fab et Vincent de sortir de l’alcôve.

Dans le couloir de l’hôpital, Fab s’enroula autour de Vincent pour un long baiser. Un très long baiser. Il parvint à s’empêcher de crier à chaque fois que les mains de l’inspectrice effleuraient son corps meurtri. Trop rares sont les preuves d’amour que l’on puisse les refuser sous le moindre prétexte. Si toutefois il s’agissait d’amour, entre Fab et lui…

Puis Catherine les appela et ils franchirent de nouveau le rideau vert. Elle avait l’air boudeur.

- Le docteur Filtz ne prévoit pas la résorption des hématomes d’ici trois semaines, expliqua-t-elle.

- Oui, et à part ça ? fit Vincent.

- Rien de très méchant, rassura Green-Filtz. Sinon d’un point de vue psychologique. Votre sœur ayant subi une tentative de viol…

Erno posa la main sur l’épaule du toubib :

- Quelque chose me dit qu’elle s’en remettra très vite, doc…

- Salaud ! siffla Catherine. On en reparlera !

" Salaud ! " pensa Fab, qui ignorait tout des activités cinématographiques de Catherine.

- A vous, à présent ! ordonna Jean-Luc Filtz à l’intention d’Erno. Mesdames ! Si vous pouviez nous laisser…

- Surtout, n’hésitez pas à lui faire mal, docteur ! lança Catherine depuis le couloir. Aussitôt, un cri fulgurant retentit. Le visage de Catherine s’épanouit, vengeur. Décidément, il était très bien, ce docteur Filtz…






Erno quitta le bon docteur Filtz rassuré sur son état de santé (non qu’il en fût particulièrement inquiet, d’ailleurs). Le toubib regagna au pas de charge l’accueil des urgences où l’attendaient quelques traumatismes plus conséquents.

Au dehors, la pluie et le vent semblaient calmés. Un retour au commissariat était envisageable. Le trajet se déroula en un temps correct, tenant compte des arbres arrachés qui barraient certaines rues.

Renseignements pris, la tempête avait fait une dizaine de victimes dans la région. Parmi elles, les passagers de la Ford d’Erno, broyés par la chute d’un arbre tandis que l’automobile venait de s’embourber au beau milieu de la piste forestière. Adieux agresseurs ! Adieu Ford !

Par ailleurs, Alexis Camus était rentré chez lui. Quant à Pérot, il avait profité de l’agitation pour s’évaporer.

La voix du commissaire Chalumeau tonna soudain dans le couloir, à la recherche de tous ses inspecteurs. Vincent confia Catherine au brigadier Mutzig, avec mission de la conduire à son domicile sans dépasser le 40 km/h ! Puis il rejoignit Fab qui l’attendait dans l’encadrement de la porte, et tous deux s’en furent écouter les instructions de leur supérieur. L’heure était à la mobilisation générale en faveur des victimes de la tempête. Erno fit la moue. Il aurait donné cher pour retourner dans la clairière et y pratiquer un examen approfondi du cadavre de Coti. Ainsi que du corps que ce dernier y avait enterré, lequel ne pouvait être que celui de Thierry Lemmer…



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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 12 Oct - 12:24





Journal (extraits)

VII




Sans même l’appui de mes jumelles, je la suivrai sur le chemin qui la conduit chez son amant.

Ce sera ce jour-là et personne ne le saura encore, pas même moi.

Un rictus me déchirera le coin des lèvres : je l’aurai vu, moi, quitter son domicile et cela lui aura échappé. Elle sonnera pour rien…

Mais la porte s’ouvrira quand même et elle entrera.

J’ajusterai mes jumelles trop tard pour comprendre.

Je me mâcherai les joues à attendre un signe.

Je jetterai un œil à la ville qui s’étale sous mes yeux.

Le soleil sera déjà haut en cette fin de matinée.

Un soleil scruté par un coin de planète entier – une bande de planète plutôt qu’un coin, d’ailleurs, sur laquelle se projettera l’ombre de la lune ce 11 août 1999.

Eclipse totale. Source de tous les imaginaires, de toutes les prophéties, de toutes les peurs et tous les fantasmes, accouplée au prochain passage à l’an deux mille.

Et moi, qui aurais dû me consacrer à l’événement, qui l’attendais depuis une paire d’années, moi j’implorerai tous les dieux solaires de m’accorder un signe pour le malheur de ma dérisoire vie terrestre.

Et l’astre providentiel, d’un éclat de feu glacial, viendra frapper les volets qui s’ouvriront en contrebas.

Et je la verrai.

Et je les verrai.

Et je ne comprendrai pas.

Puis comprendrai mais ne voudrai pas croire.

Ma raison sera engloutie comme frêle esquif au doublement du Cap Horn.

Je resterai planté là, à ma fenêtre, tout entier pleurs qui refuseront de couler et feu qui ne cessera de couver.

Tandis que la lumière céleste chancellera en un pourpre terne, qu’une brise cendrée se lèvera et qu’une tiédeur oppressante envahira le ruban de planète.

Au dehors, des millions d’humains danseront pour chasser quelques nuages importuns, guetteront à genoux le contact du soleil avec la lune.

Pénélope, le chat, redressera la tête, pointera son nez vers la fenêtre ouverte, attentive quelques secondes, immobile, avant de retourner à sa sieste en toute quiétude.

Le 11 août 1999 vers midi vingt, un fragment non négligeable d’humanité voudra croire en des forces obscures et païennes ; deux femmes s’aimeront, leurs corps nus inscrits dans le cercle de mes optiques allemandes.

Et un homme, qu’aucun n’aura vu ni entendu, ouvrira la porte et les surprendra.



lallo kukpa

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 13 Oct - 16:23





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Une femme ? !

Incrédule, Erno se coucha presque sur le cadavre. Nulle ambiguïté possible : c’était une femme d’une cinquantaine d’années que Coti avait enterrée dans la clairière. Mort ou vif, Lemmer demeurait toujours introuvable !

L’examen des lieux ne donna rien. Erno en massacra un genêt pour se calmer les nerfs.

Il rentra au commissariat. Fab n’y était pas : elle participait à la cellule de crise mise en place au lendemain de la tempête. Il décida d’attendre son retour et s’abandonna avec grande application aux joies de la paperasserie administrative. Le retard, accumulé ces dernières semaines, le narguait depuis le haut d’une pile de formulaires en voie de rivaliser avec les meilleures towers de Manhattan…

Erno profita de l’inanité de cette tâche pour évoquer la rude discussion qu’il avait eue la veille avec Catherine. Sa sœur lui avait vertement reproché ses insinuations à l’hôpital : elle avait failli être violée, mais comme elle était femme de mauvaise vie cela n’avait guère d’importance ! Une actrice de porno, à l’instar d’une pute, la belle affaire, qu’une meute de chasseurs avinés lui passe dessus ! Avec ce genre de raisonnement, la moindre minijupe ouvrait droit aux circonstances atténuantes !

Vincent avait eu beau faire amende honorable, reconnaître sincèrement le mauvais goût de ses propos, rien n’y avait fait : Catherine l’avait planté pour la soirée, sortant retrouver Vigliano, lequel l’appréciait pour ce qu’elle était entre ses bras, et non pour ce qu’elle était supposée représenter dans les méandres d’un fantasme petit-bourgeois !

Erno en souriait encore : " fantasme petit-bourgeois " ! avait-elle dit. Comment Catherine faisait-elle pour être si intelligente, manier la provocation avec tant de talent et d’entrain, et se commettre en de telles expressions ! Ou alors son dernier film X était une parodie de L’aveu ?

Erno en souriait encore, s’imaginant Catherine éclater de rire une fois quitté son appartement, revenant sur ces dernières paroles. Oui, elle avait dû rire d’elle-même. Vincent en était sûr.

Au petit matin, elle était rentrée. Vincent ne dormait pas, pour mille raisons. Il s’était levé. Tandis que Catherine prenait une douche, il avait tracé quelques mots sur un carré de papier, puis était allé le déposer, plié en quatre sur l’oreiller de sa sœur. Dix minutes d’attente dans le salon, toute lumière éteinte, sans bruit. Catherine était passée devant lui sans le voir, et c’était ce qu’il avait voulu ; il avait distinctement perçu le bruit du papier qu’elle dépliait, et elle avait ri ; et elle était venue le retrouver au salon où il lui avait écrit qu’il l’attendait ; et elle lui avait sauté au cou et ils avaient ri ; ri jusqu’aux larmes et ils auraient pu rire jusqu’aux sangs ; et Catherine avait posé son nez, son magnifique nez, contre le nez de Vincent, et d’entre ses dents, ses magnifiques dents à l’alignement subtilement imparfait, elle l’avait approuvé :

- Oui ! Tu es agent petit-bourgeois et cosmopolite !

Et elle n’avait pu s’empêcher de prendre l’accent marseillais de Montand.

Et ils avaient ri encore…

Et Erno en souriait encore. L’amour devrait ressembler à cela : pouvoir se dire les pires horreurs et les effacer d’un sourire. Cela méritait réflexion. Erno avait conscience que son concept n’était pas joué d’avance. Loin de là !

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Ven 14 Oct - 15:52





Puis, il y avait eu ce premier coup de téléphone. Dire que l’Occident se précipitait pour acheter son portable, alors que neuf fois sur dix un appel n’avait d’autres soucis que de vous plonger dans la merde !

Premier coup de semonce : Didier, le beau-frère, avait une permission pour le week-end. Le sélectionneur du Quinze de France lâchait ses fauves avant le début de la compétition. Savait-il ce qu’il faisait, cet homme ? Erno en doutait. Erno aurait aimé que cette décision fût suspendue au dernier moment. Mais il ne se faisait pas trop d’illusions : comme il l’annonçait d’une voix déjà emplie de promesses inavouables, Didier rejoindrait Catherine samedi matin.

Deuxième appel, deuxième coup de Trafalgar : Frédéric venait de composter à mains nues un chanteur à la mode, sous prétexte que ce dernier sortait une adaptation techno d’une chanson de Barbara. Vincent comprenait, approuvait même ; mais pourquoi Frédéric choisissait-il ce moment précis pour régler ses comptes avec l’autre charognard de la chanson française ? Et, surtout, pourquoi avoir obéi à son producteur qui lui avait conseillé de prendre du recul – un vrai recul : géographique – avec le showbiz parisien ? Bilan : Frédéric débarquait, lui aussi, samedi matin ! Consternation… Qui se souciait que lui, Vincent, avait une putain d’enquête à boucler ? Un cadavre à la con à retrouver ? Rien ni personne ! Ni la tempête, ni sa sœur, ni son frère, ni son beau-frère… Quoi d’autre encore ? La station Mir allait-elle pour de bon s’écrabouiller sur la Terre ? Et de préférence à Echully, tant qu’à faire !

Décision : boucler l’affaire, coûte que coûte, d’ici samedi matin. Et Fab qui siégeait à cette commission superfétatoire… Erno s’empara de ses formulaires administratifs et les lâcha d’un bloc dans sa poubelle. Il enfila sa veste légère et décrocha les clés d’une voiture de service au tableau de semaine.

Il s’installa au volant d’une petite Peugeot qui avait dû être nerveuse dans sa version de l’immédiat après-guerre… Néanmoins, il tambourina son volant en hurlant les paroles de O ba tandis que l’aiguille du compteur s’affolait à l’approche d’un modeste 60. Direction : la maison des Kieffer. Il y parvint sans faire imploser le moteur de sa guimbarde. Avant d’en descendre, il remplit un mandat de perquisition, le signa d’un gribouillis. Et encore un faux, un ! Et alors ?

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DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...
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