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 DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...

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Michèle
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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 17 Oct - 17:42



négligea la sonnette et alla directement tambouriner à la porte d’entrée. Laurence Kieffer lui ouvrit, l’air inquiet (ah, ah ! elle avait quelque chose à cacher ! Mais non ! Elle était simplement inquiète de la visite inopinée d’un inspecteur de police qui avait l’air survolté !). Erno lui déplia le mandat sans lui laisser le temps d’en lire le contenu et franchit le seuil d’un " Permettez ? ". Il inspecta les pièces du rez-de-chaussée, puis celles de l’étage ; jeta un coup d’œil au jardin ; se retourna vers Laurence Kieffer qui le suivait de pièce en pièce, ponctuant chaque pas d’onomatopées offusquées :

- Votre mari n’est pas là ?

- Non… Il est… Il est… balbutia la jeune femme.

- Quoi ? ! Il est mort ? !

Laurence Kieffer roula des yeux.

- Mais non ! Mais non !

- Alors ?

Elle comprima sa poitrine de la main gauche, de la droite chercha une chaise derrière elle, la trouva et se laissa tomber dessus. Elle reprit sa respiration, happant l’air comme une truite déposée sur la berge. Erno voulut bien patienter trente secondes, puis s’exclama de nouveau :

- Alors ? !

- Mon mari est parti porter secours aux spéléologues surpris par la tempête, finit-elle par déglutir.

Erno ferma les yeux. Et revoilà les éléments qui lui entravaient une fois de plus le chemin… Il était au courant, pour les spéléos. Qui ne l’était, d’ailleurs ? La presse faisait ses unes avec la dizaine d’hommes coincés au fond d’un gouffre, à une cinquantaine de kilomètres d’Echully, surpris par la brusque montée des eaux, conséquence de la tempête.

- Il compte y rester longtemps ?

- Il est parti hier matin, je ne sais pas quand il va rentrer… Tant qu’on aura besoin de lui, je suppose… Au plus tard, mardi prochain. C’est la rentrée, précisa-t-elle.

- Bon, bon, bon, calmons-nous, fit Erno, surtout pour lui.

Laurence Kieffer resta muette. Erno exhiba de nouveau son faux mandat :

- Perquisition, soupira-t-il. " Dernière chance " ajouta-t-il avec un pâle sourire.

Laurence Kieffer renonça à comprendre.

Oui, dernière chance… Aucune autre piste n’avait abouti. Si certains suspects s’étaient avérés coupables, ce n’était pas d’avoir occis Thierry Lemmer ! Et à présent le temps manquait à l’inspecteur Erno. Fab lui faisait faux-bond ; Linda Lemmer n’était pas encore en mesure de livrer le moindre témoignage avant deux jours ; et jusqu’à Alain Kieffer qui s’en était allé jouer les Saint-Bernard souterrains…

Mais une dernière chance, cela se saisit. C’est même à cela que l’on peut différencier les bons flics des médiocres… Cette faculté, cet instinct, qui entretient l’espoir jusqu’au dernier instant. Erno était sur le bon chemin. Au cours de sa perquisition, il dénicha – plié soigneusement à l’intérieur d’une paire de chaussettes d’hiver – une lettre d’amour signée Thierry L. Après l’avoir lue et relue, il la montra à l’enseignante.

- C’est bien à vous que s’adresse cette déclaration, n’est-ce pas ?

- Oui, mais…. fit Laurence Kieffer.

- Et Thierry L. ? A part Thierry Lemmer, vous en connaissez un autre ?

- Non, mais…

- Ce même Thierry Lemmer qui a disparu et que je m’efforce de retrouver. Enfin, lui ou son cadavre…

- Mais…

- Et vous êtes la maîtresse de Thierry Lemmer…

- Non !

- Comment, non ? Et cette lettre ? fit Erno en commençant à la lire à voix haute.

- Oui, murmura Laurence Kieffer.

- Oui quoi ?

- Thierry Lemmer et moi étions amants…

- Etions ? Il est donc mort ?

- Non ! s’écria la jeune femme. Je voulais dire que notre liaison avait cessé…

- Vous n’êtes pas convaincante. Désolé… Vous savez ce que je vais faire ? Vous assigner ici en résidence surveillée sous l’œil d’un de mes hommes. Puis j’attendrai le retour de votre mari et, si possible, une amélioration de l’état de santé de votre rivale, Linda Lemmer… Que pensez-vous du programme ?

- Rien. Et vous, que croyez-vous ? Que j’ai assassiné Lemmer ?

- Pas le moins du monde ! Par contre, j’en connais deux qui ont un sérieux mobile : Linda Lemmer et votre mari – les cocus, quoi ! si vous me passez l’expression.

Laurence Kieffer haussa les épaules. Son regard s’était embrumé, les larmes s’accumulaient au rebord des paupières inférieures, mais elle ne pleurait pas vraiment. Erno la trouva triste mais sans colère, vaincue mais soulagée. Etrangement soulagée…

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mar 18 Oct - 17:11






16






Le ciel irradiait de mille éclairs solaires. Cherchait-il à se faire pardonner ses bourrasques récentes ou au contraire se moquait-il ? Erno, le nez chaussé de lunettes noires, cillait malgré tout à vouloir contempler les toits de la ville. La baie vitrée du bureau de réception offrait une vue sans égale sur les vieux quartiers, dont certains étaient réputés parmi les cinéastes. Chaque année au moins, un tournage encombrait les ruelles étroites et sinueuses, aux façades préservées des cicatrices du confort moderne. Le dernier en date remontait à mai et Erno avait croisé sans cérémonie Isabelle Huppert. Autant au début de sa carrière l’actrice l’indifférait, autant depuis Coup de torchon il se précipitait chaque fois qu’un de ses films parvenait jusqu’aux frileux cinémas d’Echully.

Fab toqua à la porte et Vincent Erno chassa à regret ses pensées. L’inspectrice s’effaça pour laisser entrer Alain et Laurence Kieffer. Erno regarda le cadran de sa montre. Encore quelques minutes à patienter avant l’arrivée de l’ambulance amenant Linda Lemmer. Il invita le couple d’enseignants à prendre place dans les fauteuils installés à cet effet. Puis il se retourna vers la baie vitrée, son regard plongeant cette fois-ci sur l’avenue Brigaud par lequel l’ambulance allait survenir. Fab vint à ses côtés, ses doigts frôlèrent ceux d’Erno. Le véhicule blanc déboula dans l’avenue et pénétra en souplesse sur le parking. Linda Lemmer en descendit, soutenue par un infirmier qui lui offrit son bras.


Face à Erno, de gauche à droite, Laurence Kieffer, Alain Kieffer et Linda Lemmer. Debout, en appui d’une fesse contre le bureau : Fab. Comme convenu, ce fut elle qui ouvrit l’interrogatoire, Erno se contentant de dévisager le trio, lâchant deci-delà un grognement ou un bref commentaire, en général monosyllabique. Une heure de ce petit jeu. Puis, les rôles furent inversés et Erno enchaîna les questions sur un ton plus agressif que celui de sa consœur (tout ceci avait été soigneusement préparé). Cela dura une grosse heure de mieux. Mais, malgré tout le soin apporté à la préparation de cette confrontation, Erno et Fab achoppaient encore et toujours sur le même point : l’absence du cadavre de Thierry Lemmer…

Les questions eurent beau fuser jusqu’à des midis passés, Erno et Fab user d’artifice, de ruse, intimidations et menaces, jusqu’aux confins de la légalité, rien n’y fit : ni Linda Lemmer, ni Alain Kieffer n’avouèrent.

Alors que le soleil était au zénith, Erno s’en gava, le visage offert, paupières closes filtrant la lumière en éclats vermillon. Puis il prit une longue inspiration, se retourna vers ses suspects (lesquels flottèrent quelques instants sous ses yeux à travers des nuages vert bouteille) et les renvoya dans leurs foyers. Aucune charge ne serait retenue contre eux. Le dossier était clos, classé sans suite. Linda Lemmer évita le piège :

- Vous ne voulez quand même pas dire que vous arrêtez les recherches ? s’offusqua-t-elle.

Erno la jugea convaincante. Coupable, sans doute aurait-elle accueilli le classement du dossier avec soulagement et n’aurait soulevé aucune objection. Ou alors elle était forte, très forte…

Fab et Erno demeurèrent seuls dans le bureau de réception, aussi baptisé la " rotonde ".

- Pas brillant, n’est-ce pas ? grimaça Erno.

- Que voulais-tu faire de plus, sans cadavre ? le consola Fab.

Haussement d’épaule.

- Pour moi, ça c’est passé comme ça : avec ses jumelles, Kieffer est tombé sur sa femme et Lemmer en train de s’envoyer en l’air et il l’a tué, dit Erno.

- Ou alors, c’est Linda Lemmer qui les a surpris et qui a supprimé son mari. Les deux sont possibles…

- Ou alors, Lemmer est vivant et il s’est juste tiré de chez lui…

- Pourquoi pas ? Il avait peut-être intérêt à fuir Coti, Pérot et Dieu sait qui encore ? Peut-être qu’un jour, retrouvera-t-on sa trace ? avança Fab.

- Dans combien de mois, combien d’années ?

- Peu importe, il sera toujours temps pour la vérité.

- Peut-être… Mais qui sait où serons-nous ce jour-là ?

- Ailleurs ou nulle part, et quelle importance ? dit Fab, avec une pointe d’agacement. Etait-ce bien l’heure de philosopher ? Elle avait faim et le fit savoir. Erno remballa son dossier en silence, ouvrit la porte du bureau et s’effaça pour laisser sortir Fab.

- Moi aussi… fit-il, tandis qu’ils patientaient devant la porte de l’ascenseur.

- Toi aussi quoi ?

- J’ai faim !

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 19 Oct - 23:52





DEUXIEME PARTIE






17






A l’aube, le train laissa derrière lui les contreforts arides pour s’élancer dans la plaine, vaste et fertile. Debout dans le couloir, Erno posa son regard sur un horizon qu’il avait quitté dix ans auparavant et dont sa mémoire ne s’était pas encombrée. Il ne reconnaissait rien de précis, les vergers succédaient aux cultures céréalières ; les coteaux abritaient des vignobles aux cépages deux fois millénaires. Il consulta sa montre. Compte tenu du retard déjà accumulé, il n’arriverait pas à destination avant 9 heures. Il appela le steward afin que celui-ci transforme sa couchette en banquette " jour " puis, une fois l’opération réalisée, il regagna son compartiment de première classe " single ". Il ouvrit Tandis que j’agonise et reprit sa lecture laissée la veille au soir. Son esprit s’écarta de Faulkner quelques lignes plus tard.


Jacquemont et lui avaient repris la piste pour regagner au plus vite Tunis. Là, les deux policiers s’étaient séparés : Erno s’envola pour Paris par le premier avion tandis que l’inspecteur poursuivit sa route au volant du 4x4.

Un vol sans histoire. Un atterrissage à Roissy presque à l’heure. Un taxi disponible dès sa sortie de l’aérogare. Une arrivée chez lui après moins d’une heure de trajet parmi les encombrements habituels. Le nuage jaune n’avait pas quitté le ciel de la capitale. Le Paris-poète était d’un siècle révolu.

Un coup de fil chez Claire. Il laissa un message sur le répondeur. Toilette puis descente au bistro où il déjeuna d’une poitrine de veau farcie. Puis il passa son début d’après-midi à regarder son linge sale tourner à la laverie automatique du quartier.

Retour à l’appartement, il trouva le message de Claire. Il la rappela aussitôt. Elle sembla ravie - étonnée mais vraiment ravie – de son retour anticipé. Elle s’inquiéta de savoir si ce dernier n’était pas dû à quelque fâcheuse circonstance et Erno la rassura. Puis la déçut. Il repartait le soir même pour le Sud – mais de la France, cette fois. Elle proposa de venir tout de suite, si… Il lui dit qu’il l’attendait dans la minute, pour… Il avait tellement envie de… Elle aussi…

En attendant l’arrivée de Claire, Vincent hésita à téléphoner à Magali. Puis il se ravisa. Par lâcheté ; pour ne pas se compliquer la vie ; pour ne pas risquer de perdre l’une et l’autre, Erno s’accorda à ne pas informer Magali de son retour en France.

Il aviserait en rentrant d’Echully.


A l’ouest, Vincent Erno devina la silhouette du plateau calcaire d’Echully. Une demi-heure plus tard, le train s’immobilisa sous la verrière d’une gare typiquement provinciale. Le commissaire avait froid, conséquence du manque de sommeil engrangé ces derniers jours. Le soleil qui écrasait déjà la ville lui procura un frisson de bien-être. L’agence de location automobile existait toujours, Vincent en ressortit un quart d’heure plus tard au volant d’une Lancia. A 10 heures, il réserva une chambre à La Réserve, le trois-étoiles local. Il préféra ne pas débouler de but en blanc chez Vigliano. D’ailleurs, qui lui disait que le quasi-Gassmann tenait toujours sa gargouille ? Une douche, un café-croissants pris au bar malgré l’heure tardive, suivi d’un Campari-soda (malgré l’heure cette fois matinale pour ce genre d’apéritif). Il demanda à consulter l’annuaire sur Internet et nota trois adresses sur son carnet.

Laurence Kieffer : lieu-dit Le Miole à Echully.

Alain Kieffer : 17, rue Amiral-Pons-Dufour à Echully.

Linda Lemmer : 9, cours Paul-Algis à Echully.

Conclusion : les trois demeuraient encore sur place, Laurence et Alain Kieffer ne vivaient plus ensemble. Laurence avait néanmoins conservé son nom marital, donc le divorce n’était que présomption. Alain et Linda avaient déménagé.

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 20 Oct - 17:33






Il acheta une carte IGN au 1/25000ème. Constata que sa mémoire des lieux n’était pas si mauvaise. Sur la route qui le mena jusqu’à la maison de Laurence Kieffer - la seule qui habitât au même endroit qu’il y avait dix ans - il reconnut quelques virages.

Il passa les grilles de la ferme de La Miole. Un pincement au cœur. Erno retrouvait la lumière, l’odeur des lieux. La végétation avait profité ; la couleur des volets était parme à présent et non plus blanche. Un couple de chats redressa la tête. Le plus vieux des deux pouvait être Pénélope. Erno prononça son nom et le chat le regarda fixement. Quel que fut le résultat de sa réflexion, le chat retourna à sa sieste.

Erno fit quelques pas devant la maison, essayant en vain d’apercevoir une silhouette derrière les vitres. Il finit par sonner. Erno se mordit l’intérieur des joues à l’idée de revoir Laurence Kieffer. Mais personne ne vint ouvrir la porte. Il hésita. Devait-il l’attendre, les fesses posées sur la margelle du puits ou s’en aller tenter sa chance chez Linda Lemmer, veuve de Thierry Lemmer, assassiné dix ans plus tôt dans sa quarantième année ?

Sans avoir tranché, il contourna la bâtisse principale et reçut le choc en pleine poitrine. Laurence Kieffer était là, comme la première fois, courbée, de dos, au bout du potager. Erno demeura sur place, silencieux. Il attendit qu’elle se retourne et le voit ; qu’elle plisse les yeux, s’avance à pas tranquille vers lui, esquisse un sourire et lâche d’un ton neutre :

- Bonjour inspecteur.

- Je suis commissaire à présent, rectifia Erno.

- Félicitations, dit Laurence.

Erno calcula qu’elle avait quarante-cinq ans maintenant. Elle en avait trente-sept lorsqu’il l’avait rencontrée la première fois. Elle n’avait pas changé, ou alors en mieux. Il le lui dit.

- N’exagérons rien, commissaire. Mais je vous remercie quand même, cela fait toujours plaisir à entendre…

Elle posa son panier rempli de légumes, chassa à la fois une abeille et une mèche de cheveux de devant ses yeux.

- Vous n’êtes pas venu me voir rien que pour me faire ce compliment, tout de même ?

Erno songea à répondre " Pourquoi pas ? " Au lieu de ça, il déploya le journal sur la table du salon de jardin, ouvert à la page relatant la découverte de " l’Homme d’Echully ".

Laurence parcourut quelques lignes.

- Il s’agit de lui, n’est-ce pas ?

- Je ne sais pas, répondit-elle, sachant de qui le commissaire voulait parler.

- Est-ce que Linda ou Alain le savent ?

Un haussement d’épaule, signe d’impuissance plus que de dédain.

- Vous devriez leur demander…

- C’est bien ce que j’ai l’intention de faire, dit Erno. J’ai appris qu’ils n’habitaient pas loin d’ici, l’un et l’autre. Votre mari et vous, vous avez divorcé ou êtes juste séparés ?

- Vous n’avez pas changé : toujours aussi direct ! Nous nous sommes séparés deux ans après la… disparition de Thierry Lemmer. Nous n’avons pas encore pris la décision du divorce. Sans doute un jour s’imposera-t-elle…

- Vous le voyez toujours ?

- Nous sommes en assez bons termes.

- Et Linda ?

- Linda ?

- Vous êtes restée en relation avec elle ?

Laurence prit le temps de remettre en place ses cheveux en un chignon sommaire, tenu par un crayon de couleur.

- Il m’arrive de la croiser.

- Vous dessinez toujours ? demanda-t-il en pointant l’index vers le crayon planté dans les cheveux de Laurence.

- Ça m’arrive…

Un silence s’installa. Pesant. Erno n’avait plus rien à dire à Laurence Kieffer. Rien de professionnel ou d’intelligent. Il prit congé avant de proférer une connerie

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Ven 21 Oct - 16:55






18






Avant de regagner son hôtel, Erno fit un crochet par le commissariat. Il y rencontra quelques anciens collègues, au hasard de portes qui s’ouvraient sur des bureaux à jamais bruyants et enfumés.

Erno salua les inspecteurs Gisson et Venouil qui vaquaient à des taches administratives. Il se permit de les embrasser puisque aussi bien ces deux-là partageaient déjà le même lit en 99. Erno demanda des nouvelles d’Hamed Khâm. Le jeunot avait été promu inspecteur en 2004, ce qui ne constituait pas à dire vrai une surprise. Rapide tour d’horizon des départs à la retraite, des mariages, divorces, naissances et des décès. Doyen avait plié devant le cancer et Mutzinger s’était empalé à 150 km/h sur un platane au guidon d’une Vauxhan flambant neuve.

- Et Fab ? demanda Erno, mine de rien.

- Tu n’as pas appris ? rétorqua Gisson.

- Tu vas me l’apprendre, vieux… fit Erno redoutant déjà le pire, oxygène bloqué au niveau de la trachée. Qu’était-il arrivé à Fab ? Un accident ? En une demi-seconde, Erno fut envahi par l’image de Fab reposant dans son cercueil. Et merde !

- Si ça se trouve, elle est en train d’accoucher à l’instant même ! Tu veux qu’on appelle la maternité ? Si jamais c’est un garçon, peut-être qu’elle l’appellera Vincent, comme toi !

Erno se força à rire gras. Mais mince ! Fab future mère de famille, ça lui faisait quelque chose, et pas forcément drôle. Mais c’était foutrement mieux que ce qu’il s’était imaginé ! Tout voir en noir, toujours, cela commençait à lui peser ! No more Paint it black !

Changer la conversation.

- Et le nouveau boss – Boussat - comment est-il ?

- Rien à dire, répondit Venouil approuvé à l’unanimité. Il est réglo et parfois même conciliant. Maintenant, comme tous les commissaires, de nos jours, il passe ses journées dans la paperasse. On ne le voit jamais sur le terrain…

Erno finit par poser un demi-cul sur l’angle d’un bureau. Et le défilé des souvenirs se poursuivit encore une heure. Même ceux qui ne l’aimaient pas – pas vraiment ou pas du tout – passèrent la tête par l’entrebâillement et se fendirent d’un salut hypocrite ou amnésique. Les nouveaux lui furent présentés dont une brigadière dodue qui n’avait pas l’air de s’en laisser compter.

Erno finit par abandonner tout cet ancien monde sous les promesses de revenir bientôt. Il n’eut aucune difficulté pour jurer-cracher : il comptait bien obtenir de Boussat un bureau dans les murs de cette vénérable maison. Il avait même une petite idée quant au local qui pourrait l’accueillir.

- Dis donc Gisson, qui est chargé de cette affaire de l’" Homme d’Echully ", le cadavre retrouvé au fond de la tourbière ?

- Moi, pourquoi ? Dis donc, c’est pour ça que tu es revenu ?

- Oui. Tu peux dire à Boussat que je suis là ?

- Ah bon, il est au courant de ta venue ?

- Je lui ai envoyé un mail ce matin, pour lui annoncer que le commissaire spécial Erno désirait s’entretenir avec lui d’une affaire de la plus haute importance, laissa tomber Vincent, un sourire énigmatique aux lèvres.

Gisson composa le numéro interne du commissaire.

- Il t’attend sur-le-champ. Ça t’intéresse tant que ça, cette histoire de momie ?

- Ça ne m’intéresse pas : ça me passionne ! Et toi, tu devrais consulter un spécialiste : tu as la mémoire courte, Alzeimher te guette, Gisson !




Prise de contact avec son collègue, le commissaire Boussat. L’homme était plutôt chaleureux. Cependant, son visage se crispa en lisant l’ordre de mission d’Erno (un ordre de mission que le commissaire spécial avait rédigé et signé lui-même dans le train). Boussat n’aimait pas trop ces services " spéciaux ", par lesquels le plus vertueux gouvernement s’en donne à cœur joie pour violer la chère et tendre démocratie. Il le dit à Erno qui se garda bien de répondre (de fait, il partageait l’opinion de Boussat).

- Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un bureau afin de mener à bien une sorte d’interrogatoire.

- Il vous le faut pour quand ?

- Demain si possible. En fait, j’aimerais pouvoir utiliser ce que nous appelions à l’époque la " rotonde " et qui servait de salle de réunion.

- Sa destination est toujours la même.

Boussat consulta son agenda :

- Pas de réunion d’ici jeudi prochain, ça vous laisse dix jours.

- Ce sera beaucoup plus que nécessaire ! remercia Erno.

Il invita Boussat pour déjeuner à La Réserve. Les deux hommes se découvrirent des affinités autour d’un sandre cuisiné au Gaillac rouge et le repas s’acheva autour de 16 heures et d’un alcool régional, après une sorte de concours amical au souvenir professionnel le plus insolite.

Boussat regagna le commissariat à pied ; Erno monta dans sa chambre, prit une douche et se replongea dans le dossier " Thierry Lemmer ". En 1999, il avait buté sur l’absence de cadavre. Et il n’était même pas convaincu de réussir, à présent qu’un géologue avait mis la main dessus par hasard.

Erno téléphona à Claire. Rien à dire de spécial, juste le besoin d’entendre sa voix. Grâce au son numérique, il pouvait se régaler du sifflement de certaines diphtongues, de son infime zézaiement (imperceptible à nul autre que lui) et de ses désinences rocailleuses quand sa voix se perdait en confidences.

Il raccrocha pour aller dîner quand bien même il n’avait pas faim. Il se contenta d’un velouté et du plateau de fromages. Puis il fit le tour de la ville, à pied, à la recherche de réminiscences, pourquoi pas de visages connus. Mais le café Chez Etienne où il avait autrefois ses habitudes abritait un fast-food. Il y pénétra et demanda à voir le gérant. Ce dernier – sans en être tout à fait certain – pensait que l’ancien propriétaire avait quitté la France pour retourner vivre en Italie. Il demanderait à Fab (il s’était promis de passer la voir à la maternité le lendemain matin).

Il tomba enfin sur une ancienne connaissance, et ce fut Aline Marques, une tapineuse qu’il avait embarquée un paquet de fois. Elle ne le reconnut pas.

Il rentra se coucher peu avant minuit, déçu de cette ville qui semblait se venger qu’il l’ait quittée au siècle dernier.

Il s’endormit après avoir regardé un film avec Madeleine Stowe sur Arte.



en congés jusqu'au 02/11... il faudra patienter pour la fin

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 2 Nov - 12:42





Ce ne fut qu’en demandant le numéro de la chambre de Fab qu’Erno s’étonna que la maternité d’Echully ait échappé au redéploiement du secteur hospitalier. Puis il se souvint qu’un membre du gouvernement des années 2003/2004 était du crû…

Il s’était aussi rappelé qu’en matière florale la préférence de Fab allait aux tulipes, et en avait acheté un bouquet qu’il commençait à juger encombrant. La tulipe, quelle signification avait-elle, en langage des fleurs ? Erno séchait complètement. Lui, sorti de la rose rouge, les fleurs… Il avait le tort d’aimer les œillets et partout, tout le temps, tout le monde lui affirmait que cela portait malheur. Sauf des amis espagnols, allez savoir pourquoi !

Il poussa la porte 314 et se cogna contre une blouse blanche. Excuses mutuelles. Puis les yeux d’Erno accrochèrent ceux du toubib et le reconnurent :

- Mark Green !

Le doc n’avait pas tellement changé. Il ressemblait toujours au héros de la série TV. Peut-être faisait-il partie du fan-club, pour travailler ainsi sa ressemblance ? En ce cas, il avait bien fait de porter son choix sur le personnage d’Urgences et non sur Mr. Spoke…

- Docteur Filtz, si ça ne vous dérange pas, corrigea le doc en souriant.

- Oui, si vous voulez, mais alors rasez-vous le bouc et changez de lunettes ! rigola Erno. Le monde est petit quand même ! C’est vous qui vous occupez de Mademoiselle Favlovitch ?

- Ah non ! Moi je suis juste venu rendre visite à Madame Filtz…

Erno esquissa un sourire. Sans trop savoir pourquoi, la réponse du docteur lui semblait drôle. D’ailleurs, celui-ci arborait une mine extatique. Puis Erno comprit. Enfin. Et une voix enjouée lui posa provision de points sur les " i " :

- Jean-Luc est mon mari, Vincent !

Nadine ! Nadine Favlovitch ! Nadine Filtz, à présent !

- Mais, au commissariat, tu sais, tout le monde continue à m’appeler Fab !

- Je vous laisse, vous devez avoir quantité de choses à vous dire, fit Jean-Luc Filtz en sortant, cette fois sans se heurter à quiconque.

- Si je m’attendais à ça… murmura Erno en se grattant l’occiput, façon Stan Laurel.

- A quoi ? A mon mariage avec Jean-Luc ou à la naissance de Benjamin-Keith ?

- Benj… balbutia Erno qui n’avait pas pris conscience des trois kilos de vie accrochés au sein de Fab. Merde ! C’est pourtant vrai ! jura-t-il en se penchant sur le bébé.

Erno trouva refuge sur une chaise en plastique mou de couleur crème.

- Et moi ! si je m’attendais à ça… dit Fab, les larmes aux yeux.

- Quoi ?

- Te revoir le jour de la naissance de mon fils, et les bras encombrés d’un bouquet de tulipes !

- Ah ! C’est vrai, j’oubliais ! dit Erno en se levant pour offrir enfin ses fleurs. Mais allez offrir un bouquet grand comme un feu d’artifice à une mère qui allaite son nouveau-né ! Vincent finit par le planter dans un vase sans même jeter les fleurs qui si trouvaient déjà. Fab en hoqueta de rire, ce que Benjamin-Keith goûta peu et fit savoir en articulant quelques gémissements dont la teneur n’échappa pas à Fab, déjà investie d’instinct maternel.

Erno était heureux. Béatement heureux. Pourquoi ? Là n’était pas la question. Il avait l’impression d’avoir quitté Fab la veille au soir et ils conversaient comme si huit années ne s’étaient pas écoulées sans qu’ils se soient donnés signe de vie – ou si peu ! Vincent était convaincu de tenir là une preuve irréfutable d’une amitié indéfectible. Ne pas se voir ni s’écrire ni se téléphoner des années durant et, au premier contact, sans gène aucune, sans silence ni temps mort ou non-dit, se retrouver, retrouver le ton juste d’autrefois, les accents intimes, la complicité d’avant la séparation…

Fab avait changé physiquement. Mais ce changement était surtout à mettre sur le compte de sa grossesse. Sinon, hormis des mèches d’un blond moelleux dans les cheveux…

Fab prit la main de Vincent :

- Dis-moi, tu n’es pas là par hasard…

- Non. Mais je serais déçu que tu n’aies pas deviné les raisons de mon retour à Echully…

- Tu t’es résolu à m’avouer ton amour ?

- Non… Sérieusement !

- Je suis en congé maternité depuis un mois et demi, alors tu sais, le boulot…

Vincent plissa les yeux de plaisir :

- Ta réponse me suffit pour savoir que tu as compris, Fab…

Elle sourit, passa sa main sur la fontanelle de Benjamin-Keith :

- Le corps au fond de la tourbière…

- Oui.

- Thierry Lemmer…

- Vingt sur vingt… Si l’on t’avait confié l’enquête, je pourrais repartir ce soir même… Mais c’est Gisson qui s’y colle et tu le connais ! Il n’a même pas fait le joint !

- Et tu es revenu pour reprendre l’affaire ? Toi ! un commissaire spécial à qui – si j’ai bien compris – l’on confie les enquêtes les plus obscures dans lesquelles pataugent les institutionnels et les élites les plus corrompus de l’Etat ; toi ! tu reviens t’occuper d’une banale affaire de cul ?

- Je ne reprends pas l’enquête. Ni officiellement ni officieusement. J’ai juste demandé la faveur de réunir les protagonistes de l’affaire et de pouvoir les questionner…

- Les questionner ? ! Ne me fais pas rire, un peu de respect pour mon épisio ! Tu sais quoi ? Je vais te dire ce qui va se passer : tu vas les convoquer, les installer dans la " rotonde " et leur raconter comment tu crois que les choses se sont passées il y a huit ans !

- C’est à peu près ça… Sauf que je ne sais toujours pas qui a tué Thierry Lemmer! Et toi ?

- Non, mais tu me le diras…

Fab croyait en ses chances de découvrir la vérité. Fab croyait en lui ! Catherine aussi aurait cru en lui, mais elle était morte et incinérée depuis quatre ans.

Benjamin-Keith lâcha le sein de sa mère et sombra dans un sommeil immédiat. Toutefois, sa langue tétait encore à vide.

Vincent jugea qu’il était temps de laisser Fab se reposer. Ils s’embrassèrent. Le coin de leurs lèvres se frôlèrent. Ils ne le firent pas exprès et en restèrent là, malgré le trouble qui leur gonfla la poitrine, à l’un et à l’autre.

- Reviens me voir quand tu sauras qui est l’assassin, proposa Fab avant que Vincent referme la porte sur son dos.

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Jeu 3 Nov - 17:53






20






Retour au commissariat. Le pas lent, les mains dans les poches et l’âme en errance aux confins de souvenirs versatiles. Erno se donna la peine de comprendre le dessein de l’architecte qui s’était vu confier la rénovation du centre-ville. A priori, il avait mis toutes les chances de son côté, réuni toutes les conditions requises pour atteindre une perfection esthétique, et pourtant, Erno trouva ça… moche ! Mal foutu ! Il convint toutefois que, cette architecture urbaine ayant le vent en poupe en ce début de millénaire, l’immense majorité des décideurs devait trouver ça beau… Le commissaire spécial se dit que sa persistance à préférer avoir tort tout seul, plutôt que raison avec une bande de cons, frisait la coquetterie intellectuelle.

A peine eut-il poussé la porte que Gisson lui sauta dessus :

- Dis donc Erno, toi, quand tu t’annonces quelque part, ça remue tout de suite du monde !

Erno fronça les sourcils :

- De quoi tu parles ?

- J’ai dans mon bureau un certain Alain Kieffer qui attend depuis deux heures pour te parler ! " Une communication de la plus haute importance " m’a-t-il dit.

Erno cacha mal sa satisfaction : les terres allaient s’entrouvrir et la Vérité, enfouie depuis huit ans, allait venir lui lécher les orteils.

- Tu me l’amènes à la " rotonde " dans cinq minutes, ordonna-t-il à Gisson en se frottant le nez du tranchant de la main.




Alain Kieffer avait blanchi. Il portait à présent un collier de barbe poivre et sel destiné à gommer la mollesse d’un double menton (subterfuge à la mode depuis la Renaissance). Il tenait, coincé sous le bras, un porte-documents usé.

Installé derrière son bureau, Erno l’invita à se poser sur une chaise en bois minimaliste, dépourvue de confort.

Kieffer avait les traits tirés, les yeux rougis. Manque de sommeil. Les affres d’un assassin qui avait cru trop longtemps à son impunité ?

- Vous avez quelque chose à me dire, Kieffer ?

- Oui, inspecteur.

- Commissaire à présent, le temps a passé…

- Pardon…

- Pas grave, fit Erno en laissant sa main droite s’envoler pour toute absolution. Et ce quelque chose que vous êtes venu me dire, vous ne le garderiez pas pour vous depuis une huitaine d’années ?

- Si.

- Alors ? Je vous écoute…

Kieffer plongea la main dans son porte-documents, en tira un cahier, usé, corné, débarrassé de sa poussière mais qui la sentait encore.

- Lisez, commissaire… S’il vous plaît…

Erno fit pivoter le cahier, l’ouvrit à la première page.




" Je me demande si, après quelques années, la fidélité conjugale ne résulte pas d’une lâcheté ?

A Echully comme ailleurs, les occasions n’auront pourtant pas manqué. Mais, par principe, j’aurai repoussé la tentation.

Dans le même temps, je me serai efforcé de ne pas susciter ces tentations.

Au fil des ans, je me serai modelé une image de mari exemplaire. De son côté, elle en aura fait autant – du moins je le croirai.

Et, peu à peu, mes quinze années de mariage m’auront reconstitué une forme de virginité. "




Erno releva la tête, posa son regard sur Kieffer qui le soutint avec calme, sans insolence ou volonté de défi, peut-être une pointe de soulagement.

- Poursuivez la lecture, commissaire, je vous en prie…

Erno tourna les pages du cahier. Il était assez épais et l’écriture de Kieffer assez fine.

- J’ai tout mon temps, commissaire…

Erno réfléchit. Puis il ferma le cahier.

- Je suppose qu’il s’agit de votre confession, n’est-ce pas ?

- Pas tout à fait… J’ai tenu ce journal je ne sais pourquoi - en tout cas, à l’époque. Maintenant, je comprends que sa rédaction avait un sens, celui d’être lu par vous, ici et aujourd’hui…

- Kieffer… Je ne tiens pas à lire votre journal devant vous.

- Mais vous allez le lire ?

- Oui, dès que vous aurez quitté ce bureau…

- Je vois… Je vais retourner attendre que vous ayez achevé votre lecture…

- Vous restez dans nos murs, bien entendu…

- Bien entendu.

- Je vais prévenir l’inspecteur Gisson, qu’il vous donne une chaise dans son bureau. Je vous y ferai appeler quand j’aurai fini.

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Ven 4 Nov - 19:07





21






Erno repoussa le cahier. Vaguement écœuré. Kieffer était un dangereux névrosé. Il alla boire un filet d’eau fraîche au robinet des toilettes attenantes à la " rotonde ". Cela ne suffit pas. Il gagna le fond du couloir où un distributeur proposait diverses boissons – fraîches ou non. Erno finit par se décider pour un Canada Dry, en souvenir des premières pubs qui détournaient la série Les incorruptibles. Il but à petites gorgées, broya la boîte dans sa main droite et la balança dans la poubelle. Puis, il retourna au bureau et sonna pour qu’on lui amène Kieffer.

Le prof ne semblait pas souffrir de la chaleur. Erno examina ses mains, elles ne tremblaient pas : l’homme était d’un calme sidéral.

- J’ai lu. Et il me manque l’essentiel : que s’est-il passé précisément le 11 août 1999 ?

- C’est simple : Thierry Lemmer est revenu plutôt que prévu et a surpris Linda et Laurence…

- Et vous, vous les espionniez avec vos jumelles…

- Oui. C’était la première fois que les volets n’étaient pas clos. C’était la première fois que je voyais Laurence, et c’était avec la voisine et non le voisin !

- Quelle a été votre réaction ? Vous vouliez la tuer ?

- Une fois la surprise passée, oui, je crois que cela ne changeait rien à mon problème.

- Vous vous êtes dit que ce jour-là était somme toute le meilleur possible. Une occasion unique, peut-être ! Le jour de l’éclipse, tout le monde avait le nez en l’air et personne ne songerait à s’enterrer au fin fond d’une grotte en pareille occasion !

- C’est vrai…

- Alors, vous les avez rejointes.

- Pas tout de suite, j’ai attendu de voir ce que Lemmer allait faire…

Erno ferma les yeux.

- Pour voir si, à tout hasard, il n’allait pas accomplir le sale boulot à votre place ?

- Oui.

- Et alors ?

- Alors, il s’en est pris à sa femme, rien qu’à sa femme. Allez comprendre pourquoi, je ne l’ai pas supporté. J’ai pris mon couteau de combat et j’ai couru jusqu’à eux. Ils ne m’ont pas entendu venir. La chambre n’était que hurlements, Lemmer gueulait plus fort que les deux femmes réunies. Je suis entré, je l’ai pris par l’épaule pour qu’il se retourne et j’ai frappé. La lame du couteau s’est enfoncée d’un coup dans son abdomen. J’ai eu l’impression que ma main entière pénétrait ses chairs molles. C’était écœurant. J’ai retiré la lame et j’ai frappé à nouveau. Je ne sais combien de fois… Ensuite… ensuite, j’ai procédé comme je l’avais prévu : j’ai transporté le corps jusqu’à la grotte, sous la tourbière…

- Et Laurence et Linda ?

- Je ne leur ai pas fourni de précisions. J’ai juste dit quelque chose comme " je m’occupe de tout ". Par contre, je leur ai demandé d’effacer toutes les traces de sang. Et il y en avait…

- Vous ne leur avez pas avoué pourquoi vous étiez arrivé sur les lieux ?

- Si. J’ai dit la vérité. Ou presque.

- Ou presque ?…

- J’ai dit que je les avais vues avec les jumelles. Je ne leur ai pas raconté…

- … que vous espionniez votre femme depuis le début ; que c’est vous qui l’avez jetée dans les bras de Linda (en croyant qu’il s’agissait de ceux de son mari) ; que vous projetiez de la tuer !

- Non.

- Et maintenant ?

- Vous voulez dire : est-ce que je vais tout lui avouer ? La réponse est non.

- S’il y a procès – d’ailleurs il y aura procès…

- Je vous ai donné le cahier à lire pour que vous me compreniez - ou que vous essayiez de me comprendre. Mais qu’est-ce qui vous oblige à l’enregistrer comme pièce à conviction ? Rien.

- Même s’il constitue pour vous une possibilité de circonstances atténuantes ?

- Attendez commissaire ! Vous n’allez pas prétendre que ce cahier peut m’être favorable lors du procès ! Je pense au contraire qu’il sera accablant !

- En ce cas, tout me pousse à le verser au dossier.

Kieffer planta son regard dans celui d’Erno. Un peu au-dessus même, et en vrille pour que ses paroles pénètrent au plus profond de la cervelle du commissaire :

- Pensez à elles ; pensez à Laurence et à Linda.

Erno soupira.

Silence.

Puis, le commissaire prit le cahier d’une main, le ferma et le porta à mi-hauteur, à mi-chemin entre Kieffer et lui. Erno hésita encore, puis il ouvrit un tiroir, y déposa le cahier et le boucla à clé.

- Je verrai, murmura-t-il. Puis, d’un signe de la main, il fit comprendre à Kieffer qu’il pouvait s’en aller.

Erno resta seul. Avec le cahier dans son tiroir. Avec le sourire des deux femmes.

Avec aussi le sentiment que quelque chose ne cadrait pas dans le récit de Kieffer

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Lun 7 Nov - 20:51





22






Seul dans sa chambre d’hôtel, Erno s’appliquait un masque purifiant sur visage. Passé la quarantaine, il s’était dit que son corps méritait qu’il en prît soin. Au moins un peu. Comme il n’avait pas le goût de l’effort musculaire et ne s’imaginait pas une seule seconde en train de pousser la fonte entouré de bodybuilders en débardeur fluo, il avait opté pour la cosmétique. Cela faisait rire son frère Frédéric. Cela ne soulevait aucune remarque de la part de Claire ou de Magali. Catherine aussi l’aurait approuvé. Et Fab ?

Il se laissa tomber sur le lit. A portée de main, le cahier de Kieffer.

Quelque chose clochait. Il y réfléchit toute la soirée et finit par s’endormir tout habillé sur ses points d’interrogations.

Au matin, il se réveilla et s’aperçut qu’il avait trouvé. Etrange comme l’on pouvait être intelligent en plein sommeil et parfois très con tout éveillé. Le sommeil, la nuit… encore du chemin à parcourir pour percer leur mystère… Lui, avait trouvé le grain de sable dans le récit de Kieffer. McCartney racontait qu’il s’était réveillé un matin en fredonnant Yesterday. Aussi bien, la plupart des génies souffraient d’insomnie ! Ce qui tendait à supposer que ni lui ni le joufflu de Liverpool n’étaient des génies ! C’était assez plausible…

Les caractéristiques de l’arme ! Kieffer prétendait qu’il avait tué Lemmer avec son couteau de combat. Erno relut le rapport confidentiel des examens pratiqués sur le cadavre momifié de Thierry Lemmer : le corps portait la trace de blessures à l’arme blanche ; ces blessures avaient entraîné le décès de façon certaine ; et l’arme supposée était un simple couteau de cuisine. Une lame sans dents !

Donc Kieffer avait menti. Donc Erno n’était pas si avancé que ça. Donc… Le téléphone sonna. Au bout du fil Linda Lemmer.

Lumière !

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 9 Nov - 2:38







23






Erno les avait tout trois convoqués pour 14 heures. Alain Kieffer arriva le premier, à deux heures moins dix. Puis, Laurence Kieffer poussa la porte un quart d’heure plus tard, suivie de près par Linda Lemmer. Erno les soupçonna d’être venues ensemble mais d’avoir voulu le cacher, Linda laissant à Laurence une minute d’avance.

Erno les fit asseoir face à lui.

La " rotonde " avait la forme d’une bulle dont une moitié, du sol au plafond, était constituée de vitres ouvrant sur les toits d’Echully et, au-delà sur la montagne puis le ciel. Le soleil y déversait une lumière violente et Erno actionna les stores à l’aide d’une télécommande. L’ambiance devint plus intime, feutrée ; propice aux confidences (c’était un peu gros mais Erno s’en moquait !).

Le commissaire examina ces trois personnes qu’il avait croisées huit ans plus tôt. Il avait vu Laurence la veille et ne l’avait pas trouvé changée. Aujourd’hui, elle portait un tailleur sienne léger sur un tee-shirt blanc qui serrait son corps au plus près ; ses cheveux étaient noués en un chignon mieux ordonné que la veille.

Linda avait forci. Ses origines américano-égyptiennes la faisaient s’arrondir harmonieusement (elle devait approcher les soixante-quinze kilos pour un mètre soixante sans avoir perdu une once de grâce). Ses longs cheveux noirs étaient maintenus en une natte qui glissait sur son sein gauche. Erno était certain qu’elle avait choisi sa robe exprès une taille trop étroite et de couleur blanche pour afficher et revendiquer ses kilos excédentaires.

Erno observa les deux femmes. Il y avait entre elles une sorte d’évidence. A son avis.

Kieffer avait enfilé un costume clair, une chemise blanche ; portait ses docksides sans chaussettes. Erno lui trouva l’air d’un Hindou en grand deuil, style Abbey Road.

Le commissaire prit une longue inspiration puis s’adressa à ses trois invités :

- Le corps de Thierry Lemmer venant d’être retrouvé non loin d’ici, l’enquête clôturée en 99 risque d’être rouverte. Comme je le pensais déjà en 99, vous connaissez la vérité sur cette mort. Sur ce crime.

Silence. Erno se leva, se tourna et laissa son regard flotter sur l’horizon. Puis il revint s’asseoir.

- Alain Kieffer est venu m’avouer le crime hier…

Silence.

- Je rectifie : Alain Kieffer est venu s’accuser du crime hier…

Kieffer ouvrit la bouche, Erno l’empêcha de parler :

- Je précise : son récit comportait une faille. De taille. L’arme qui a tué Thierry Lemmer n’est pas un couteau de combat mais un simple couteau de cuisine…

Le front de Kieffer s’empourpra. Il devait se maudire pour cette erreur.

- Kieffer, vous avez parlé à Laurence de la visite que vous m’avez rendue. Vous lui avez dit que vous préfériez vous accuser, vous, n’est-ce pas ?

Battement de cils du professeur. A prendre pour une approbation.

- Seulement Laurence en a avisé Linda…

Kieffer se tourna vers son ex-femme :

- Pourquoi ? Nous étions d’accord !

Laurence ne répondit pas.

- Linda Lemmer m’a téléphoné hier soir, tard. Elle m’a raconté ce qui s’est réellement passé… C’est elle qui a poignardé son mari tandis qu’il avait commencé à la rouer de coup, après l’avoir découverte avec Laurence…

- Pourquoi ? balbutia Kieffer de nouveau.

Linda voulut prendre la parole mais Erno fut le plus rapide :

- J’ai deux hypothèses, Kieffer… Une, vertueuse, qui voudrait que Linda Lemmer n’accepte pas qu’un innocent soit condamné à sa place. L’autre, perverse, qui compterait sur ma faiblesse ou sur mon humanité - ou sur n’importe quoi d’autre que vous nommerez comme bon vous semblera ; et qui me conduirait à considérer Linda en état de légitime défense, à me rappeler quel être méprisable était Thierry Lemmer, à éprouver certain malaise à détruire des amours difficiles parce que hors la norme malgré les toutes récentes lois sur les unions homosexuelles, et malgré que nous vivions au troisième millénaire en un pays réputé civilisé ; une hypothèse qui me conduirait à envisager cette affaire avec l’esprit de ma sœur Catherine, que vous avez croisée en 99 et qui est morte depuis, et qui vit depuis chaque jour, au moins pour moi …

Du tiroir, Erno sortit le cahier que lui avait remis Kieffer, le déchira et le balança dans la poubelle.

Sans qu’il eût à le leur dire, Linda Lemmer, Laurence et Alain Kieffer se levèrent et quittèrent la " rotonde ".

Erno se retrouva seul. Seul, sans Catherine, Claire ou Magali ou Fab.

Il passerait faire ses adieux à Nadine le lendemain. Il rejoindrait Claire au plus vite à Paris. Il ferait un saut chez Magali. Il entendait déjà le rire de Catherine, mais il était bien le seul.

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MessageSujet: Re: DANS 8 ANS ... LE ROMAN DE PHILIPPE PARTERNOLLI ...   Mer 9 Nov - 12:59






EPILOGUE








L’arrivée à Saint-John’s s’était révélée sans surprise. C’est à dire qu’un vent glacial avait laminé Erno et Jacquemont à leur descente d’avion, un vieil Airbus de la Canadian Airlines qu’ils avaient emprunté à Montréal. L’océan avait une couleur que les deux hommes cherchaient à qualifier, sans y parvenir. A la fin, Jacquemont avait proposé, avec raison :

- Une couleur atlantique…

Erno avait approuvé. Toujours finissait par s’imposer l’évidence.

Durant le vol Paris-Montréal (cette fois, à bord d’un A-3X flambant neuf), Erno et Jacquemont avaient évoqué l’affaire : l’assassinat de Thierry Lemmer. L’inspecteur, maintenant rôdé au non-conformisme de son patron, ne s’était étonné de rien. Ou avait fait semblant. Il avait posé quelques questions sans obtenir de réponses (par exemple : qu’étaient Etienne Vigliano, Alexis Camus et l’avocat Jean-Rémi Pérot devenus ? pourquoi ne pas s’être rendu à la maternité pour dire au revoir à l’inspectrice Favlovitch ?).

Jacquemont n’avait même pas osé demander pourquoi, sitôt revenu du Sahara, Erno l’embarquait pour Terre-Neuve !

Erno le savait-il lui-même ? Aurait-il répondu qu’il avait besoin de changement, d’une voix basse qui se serait perdue aussitôt franchies ses lèvres ?

Un taxi déposa les deux hommes sur le port de Saint-John’s. Erno demanda à Jacquemont d’aller à l’hôtel où ils avaient réservé deux chambres ; de le laisser seul.

Le lendemain, ils embarqueraient à bord d’un brise-glace en direction du Groenland. A la vitesse à laquelle ses glaces fondaient, celui-ci aurait bientôt disparu. Il fallait en profiter. Le voyage serait long ; le voyage serait lent. Erno aurait le temps d’expliquer à Jacquemont qui était la femme que Coti avait enterrée dans le maquis. Il lui dirait que Vigliano, injustement ruiné en 2006 par la suspicion d’une épidémie de listeria, s’était réfugié au fin fond des Dolomites ; où paraît-il, il vivait heureux à ne plus faire grand-chose. Il lui apprendrait que Pérot avait bel et bien fini par démontrer que la fortune du père Lemmer s’était constitué à partir de sordides trafics pendant la guerre 39-45. Il lui avouerait qu’il ne savait pas pourquoi il n’était pas aller embrasser Fab avant de partir.






Erno marcha jusqu’au bout de la jetée. Par moins dix degrés celcius, il s’assit et se recroquevilla sur le rocher. Il sortit de sa parka le tome premier de L’homme sans qualités et, le maintenant à deux mains contre les bourrasques du vent polaire, en commença la lecture. Il consulta sa montre, calcula le décalage horaire. Là-bas, au loin, tout au bout de l’océan, il aimait à penser que Claire en faisait autant à la Pointe de Saint-Mathieu. Ils en avaient convenu avant son départ. Mais rien n’était certain.

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